Le Centre Yorenka Atamé, une expérience réussie pour préserver la biodiversité et l’identité du peuple Ashaninka


Benki Piyãko, fervent défenseur des peuples autochtones et de la préservation de la biodiversité a été à l’origine de la création du Centre Yorenka Atamé au Brésil. Ce centre constitue une première expérience de partage de savoirs et de pratiques basées sur les traditions ancestrales dont l’objectif était la revitalisation de l’État d’Acre, zone détruite par des activités non-respectueuses de l’environnement. Cette expérience, loin de s’arrêter là, a constitué le point de départ d’autres projets de grandes ampleurs.


Crédits photo : @CentroYorenkaAtame | Page Facebook Centro Yorenka Ãtamé | CC BY-NC 2.0  

 

« Sans la forêt, les rivières s’assèchent, les animaux disparaissent, l’oxygène se raréfie, l’air est pollué et les plantent fanent. La fin de la biodiversité, ce patrimoine de l’humanité, rendra notre survie impossible. Elle atteindra la totalité de notre culture et de notre mode de vie. La préservation de la forêt est donc autant une question de respect des droits des Indiens que de respect des droits de l’humanité ! », Manifeste Ashaninka (Lima, COP-20). 

Le peuple Ashaninka, millénaire et descendant direct des Incas, habite le long de la frontière entre le Pérou et le Brésil, dans l’État d’Acre. Depuis longtemps, il lutte pour la protection de son identité, de ses territoires et de la nature en général, contre les invasions des destructeurs de l’environnement. Cette lutte a progressé car leurs terres et territoires ont été petit-à-petit détruits par les agriculteurs, bûcherons et entreprises d’exploitation forestière.   

Benki Piyãko, né en 1974, provient de ce peuple Ashaninka de l’Amazonie brésilienne. Il s’est engagé depuis son plus jeune âge pour la protection de l’environnement et des communautés autochtones en prônant le retour aux savoirs ancestraux. Sa lutte l’a conduit d’abord à participer au Sommet de la Terre de l’ONU en 1992, puis à étudier l’agroforesterie à l’Université de Sao Paulo, avant de chercher à faire profiter de ses connaissances et engagements à son peuple puis à diverses populations. À travers ses multiples projets et engagements tant au niveau local, national qu’international, Benki a reçu plusieurs prix nationaux et internationaux depuis 2004.  

Parmi ses engagements et actions, Benki a pris part à la création du Centre Yorenka Atamé, « connaissance de la forêt », en 2007 au sein de la municipalité du Maréchal Thaumaturgo alors qu’il était Secrétaire municipal de l’environnement. L’objectif du  Centre est  de permettre l’échange de savoirs et de former les habitants de la région à  la gestion des ressources naturelles et aux  techniques  agroforestières dans le but de  reboiser la zone. 

       

Une expérience réussie de partage de savoirs et de pratiques basées sur les traditions ancestrales

Grâce au Centre Yorenka, en une quinzaine d’années, environ 500 habitants de la région ont pu acquérir de nouvelles connaissances et être formés comme Agents agroforestiers. La formation dispensée  est fondée sur les pratiques traditionnelles des communautés autochtones et sur la compréhension du fonctionnement de l’écosystème. Les agents formés ont  à leur tour pu transmettre les acquis aux  communautés autochtones voisines – en tenant compte de la particularité de chaque communauté et en adaptant leurs pratiques. Ces dernières ont ainsi pu bénéficier de connaissances plus amples sur la gestion des forêts et des ressources naturelles et sur les méthodes de préservation de l’environnement. 

Finalement, ces partages de connaissances et transferts de compétences ont permis à de nombreuses communautés et à des milliers de personnes de pouvoir revitaliser des  zones  dégradées. Des millions d’arbres de grande taille provenant de plus de 100 espèces différentes ont ainsi pu être plantés depuis la création du Centre, bénéficiant ainsi à des centaines de communautés, soit des dizaines de milliers de personnes. De ce fait, la région  est aujourd’hui reboisée et la population a pu bénéficier d’une amélioration considérable de son alimentation. 

Par la suite, Benki ne s’est pas arrêté à ce projet, mais a décidé d’entreprendre de former, cette fois, les communautés non-autochtones d’autres États brésiliens, notamment à travers la création du Centre Beija-Flor en 2011 (« Sonho do Beija-Flor no Raio do Sol » qui signifie « Rêve du colibri dans un rayon de soleil »). À travers ce centre, qui a pour objectif de former de jeunes leaders communautaires pour assurer un développement durable et toujours respectueux des savoirs traditionnels, les populations peuvent désormais vivre en totale autonomie alimentaire grâce à leur production agricole. 

Pour en savoir plus, le film, « A gente luta mais come fruta » (le meilleur combat c’est de manger des fruits) retrace l’histoire du peuple Ashaninka pour la préservation de leurs Terres.    

 

Sources :

Fondation House of Indians, Benki Piyãko Ashaninka, Leader politique et spirituel d’Amazonie, 2017

NatureRights, Yorenka Atamé – Apiwtxa / Ashaninka, 14 mai 2013

O Globo : Projeto premiado de agrofloresta em aldeia no Acre é replicado em terras indígenas, 02/05/2022

    

À lire aussi sur le site Planète Amazone :

26 avril 2022 : Brésil, des collecteurs de semences restaurant les étendues de forêts perdues

30 avril 2022 : ​​Déforestation : Les banques continuent de financer la destruction des forêts tropicales

1er avril 2022 : Les forêts tropicales empêchent le réchauffement de la planète

9 mars 2022 : En Côte d’Ivoire, la forêt tropicale se régénère plus rapidement que prévu

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Article rédigé par Ophélie Poulet 



Mis a jour le 2022-08-03 10:33:37

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