Brésil : les agriculteurs s’opposent à la démarcation du territoire indigène Kapot-Nhinore


La démarcation du territoire du Kapot-Nhinore est un sujet crucial pour lequel Planète Amazone se mobilise depuis sa création. Dès 2012, nous avons organisé en Europe la tournée “Urgence Amazonie” avec les caciques Raoni et Megaron justement pour obtenir la démarcation de cette terre qui abrite le village natal du chef Raoni et est une zone sacrée pour le peuple Kayapo.


Les femmes Kayapo participent à un grand rassemblement indigène | Edgar Kanaykõ Xakriaba / Wikipedia Commons

Vendredi 28 juillet, lors du grand rassemblement indigène “l’Appel du chef Raoni”, la Fondation Nationale de l’Indien (FUNAI) et le ministère des peuples indigènes ont annoncé la validation des études sur le territoire Kapot-Nhinore. La première étape vers la démarcation de cette terre située entre le Mato Grosso et le Pará et revendiquée par de nombreux peuples indigènes depuis les années 1960 est donc officiellement validée.

 

Un territoire contesté

Après l’annonce de la FUNAI, nous sommes restés très prudents en raison des nombreux obstacles à la démarcation de cette terre de plus de 362 000 hectares. Juridiquement, la démarcation du Kapot-Nhinore permettrait aux peuples premiers de disposer du territoire selon leurs coutumes et traditions. Elle rendrait ainsi illégale toutes activités incompatibles et dangereuses pour leur mode de vie, comme l’agriculture intensive.

 

Mais désormais, près de 10 000 personnes, composées surtout de fermiers, d’agriculteurs et de leurs familles, occupent ce territoire selon la Fédération de l’agriculture et de l’élevage du Pará. Ils sont vent debout contre cette démarcation et revendiquent près de 79% du territoire du Kapot-Nhinore.

 

Un sujet au coeur de vives tensions politiques

Lors de l’audition menée par le comité externe de la Chambre des députés le mardi 3 octobre, l’opposition des communautés rurales à la démarcation des terres a retentit avec force. Des associations telles que l’Union rurale de Santa Cruz do Xingu et la fédération de l’agriculture et de l’élevage du Mato Grosso expriment leurs préoccupations quant aux conséquences économiques pour l’agriculture et aux troubles sociaux résultant du déplacement des populations rurales.

 

Auparavant, la députée fédérale Coronel Fernanda et d’autres parlementaires opposés à la démarcation ont déclenché la colère des peuples autochtones en effectuant une “visite technique” sur le territoire sans le consentement de ces derniers, niant ainsi leur droit de gestion sur ces terres ancestrales.

 

Par ailleurs, 27 maires ruraux ont contesté la démarcation des terres indigènes à la frontière entre le Mato Grosso et le Pará. Ils contestent la présence des peuples autochtones dans la zone indiquée et affirment ne pas avoir été consultés.

 

L’obligation constitutionnelle et l’avenir

Néanmoins, face à leurs revendications, la ministre des peuples indigènes Sonia Guajajara rappelle que la démarcation est une question de survie pour les peuples indigènes qui vivent sur ces terres : 

 

“Il y a cette question du devenir des personnes qui occupent la terre aujourd’hui, mais il faut aussi s’interroger sur le devenir des populations indigènes qui en ont été expulsées et qui vivent sur le bord de la route, entre la clôture du latifundio (une grande propriété privé) et l’asphalte (du bitume)”.

 

Par ailleurs, la démarcation des terres indigènes est une obligation constitutionnelle, comme le rappelle la FUNAI. En effet, dans la constitution brésilienne de 1988, les “droits originels” des peuples indigènes sur “les terres qu’ils occupent traditionnellement” sont reconnus formellement. 

 

En outre, l’argument de la faible présence des peuples indigènes sur cette terre est à relativiser. En effet, de nombreux peuples indigènes ont été contraints de se déplacer vers le parc autochtone de Xingu, fuyant les conflits fonciers et les maladies. Le chef Megaron Txucarramãe du peuple kayapo, qui est né sur la terre du Kapot Nhinore, explique :

 

“Kapot Nhinore est à nous : il a une richesse de nourriture, de fruits, de gibier, de poisson. Notre vie, notre culture est différente de la culture des autres peuples autochtones et des hommes blancs, c’est pourquoi nous avons besoin d’espace”.

 

Nous appelons les responsables politiques et juridiques brésiliens à s’engager pleinement pour la démarcation du Kapot Nhinore et pour les plus de 800 terres ancestrales qui attendent encore d’être démarquées. C’est le meilleur moyen de protéger les peuples indigènes et leur environnement.

 

Sources : 

Correio Braziliense : Sônia Guajajara defende demarcação de território onde nasceu cacique Raoni

Publica : Marco Temporal: indenizar fazendas em terras indígenas pode custar pelo menos R$ 1 bilhão

Câmara dos deputados : Prefeitos contestam demarcação de terra indígena na divisa de Mato Grosso e Pará

Câmara dos deputados : Indígenas e produtores rurais trocam denúncias quanto à demarcação da Terra Kapot Nhinore

 

A lire également sur Planète Amazone : 

https://planeteamazone.org/actualites/la-demarcation-une-necessite-pour-la-survie-des-peuples-indigenes-et-la-protection-de-la-nature/

https://planeteamazone.org/actions/notre-participation-au-grand-rassemblement-indigene-organise-par-le-cacique-raoni-sur-sa-terre/

 

Article rédigé par Quentin Moreau pour Planète Amazone



Mis a jour le 2024-04-05 23:00:54

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