Assassinats en Amazonie brésilienne : Justice pour Bruno et Dom!


Planète Amazone a été horrifiée d’apprendre l’assassinat de Dom Phillips et Bruno Araújo Pereira lors de leur mission en Amazonie visant à documenter le combat des peuples indigènes. Si l’auteur de l’assassinat a avoué ses crimes, il reste à déterminer qui a commandité l’affaire puisqu’il semblerait que ces assassinats sont la conséquence d’un gouvernement brésilien écocidaire et anti-indigène. Des changements en profondeur doivent être opérés au Brésil pour faire face aux menaces incessantes que subissent les indigènes et ceux qui les défendent, et maintenant pour rendre justice à Bruno et Dom.

Le 15 juin 2022, la police brésilienne a annoncé avoir retrouvé les corps du journaliste britannique, Dom Phillips, et de l’expert brésilien, Bruno Araújo Pereira, portés disparus depuis le 5 juin 2022, alors qu’ils étaient en expédition en Amazonie. Un suspect s’est avoué coupable du double meurtre, qui s’ajoute à la liste, bien trop longue, des victimes indigènes et de leurs alliés.


Justice pour Dom et Bruno. Crédits photo : Cristiano Siqueira | Twitter | CC BY-NC 2.0

Justice pour Dom et Bruno - par Cristiano Siqueira

Bruno Pereira et Dom Phillips avaient été vus pour la dernière fois le 5 juin 2022 près d’Atalaia do Norte dans la vallée de Javari, dans l’ouest de l’Amazonie brésilienne. Dom Phillips préparait un livre sur la protection de l’Amazonie et des peuples indigènes, et Bruno Pereira l’accompagnait. Tous deux étaient des ardents défenseurs des peuples indigènes et voyageaient régulièrement ensemble depuis deux ans pour des missions similaires.

Dom Phillips, âgé de 57 ans, originaire de Merseyside, au Royaume-Uni, était journaliste et collaborateur régulier pour le journal britannique The Guardian. Il vivait au Brésil depuis près de 15 ans. Bruno Pereira, 41 ans, originaire de l’État de Paraiba au Nord du Brésil, était anthropologue, considéré comme l’un des plus grands experts de sa génération. Il a longtemps travaillé pour la FUNAI, la Fondation Nationale de l’Indigène, mais il a dû quitter son poste en 2019, à la suite de pressions des lobbys agricoles liés au président brésilien Jair Bolsonaro, et après avoir mené une opération pour détruire des mines illégalement installées sur des terres indigènes.

Son départ en 2019 coïncide avec l’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro, qui depuis le début de son mandat est accusé de cautionner les agissements des orpailleurs, exploitants forestiers et agro-industriels qui empiètent sur les terres indigènes. Pour ses actions en défense des peuples indigènes, Bruno recevait régulièrement des menaces de mort de la part d’exploitants forestiers et miniers qui convoitent ces terres ancestrales. La veille de leur disparition, Bruno et Dom avaient une fois de plus reçu des menaces.

 

Le Brésil, 3ème pays le plus mortel pour les défenseurs des droits humains 

Ce double assassinat montre les menaces auxquelles sont confrontés les indigènes, les journalistes et les défenseurs des droits humains et de l’environnement en Amazonie brésilienne. En 2020, le Brésil est en troisième position des pays dans le monde où ont eu lieu le plus d’assassinats de défenseurs des droits humains, selon l’ONG Front Line Defenders. 

Parmi les 27 personnes tuées au Brésil en 2020, 19 se battaient pour les droits territoriaux des autochtones. La question de la reconnaissance des terres indigènes est en effet capitale, puisqu’elle permet aux peuples indigènes de défendre leurs droits. Mais cela est entravé par le gouvernement de Bolsonaro, qui s’est personnellement prononcé contre la démarcation de nouvelles terres indigènes, qu’il a gelé depuis son arrivée au pouvoir. Bolsonaro s’est également prononcé en faveur du projet de loi sur le marqueur temporel, qui empêcherait la reconnaissance des terres non démarquées au moment de la promulgation de la Constitution, en 1988. 

Interrogé sur ces assassinats, le Président et fondateur de Planète Amazone, Gert-Peter Bruch, a déclaré: 

« La mort de ces deux compagnons est d’une brutalité effrayante. Elle dénote quelque chose que nous savions déjà, mais que le monde entier oublie. Les peuples indigènes et les écologistes mettent en garde depuis longtemps contre la dégradation de la situation en Amazonie. »

 

Qui a commandité les meurtres de Bruno et Dom? 

« Quem mandou matar Bruno e Dom ? », en portugais, que l’on peut traduire par « Qui a commandité les meurtres de Bruno et Dom ? » C’est la question qui est posée sur les réseaux sociaux, et à l’occasion des différents vigiles qui ont eu lieu. Elle interroge la responsabilité réelle dans cet assassinat: derrière celui qui a appuyé sur la gâchette, qui est la personne qui l’a commandité. Toute une stratégie d’attaque des droits des peuples indigènes et d’affaiblissement des institutions chargées de les protéger est à l’œuvre. 

 

Tweet : « L’ombre de la malveillance », dessin de Nando Motta. 

La réaction des autorités a été vivement critiquée. Dès que l’alerte a été lancée, les organisations indigènes locales, constatant les faibles moyens mobilisés par les autorités, ont elles-mêmes mené des recherches, et ce sont des volontaires indigènes qui ont trouvé les premières traces des affaires de Bruno et Dom. Alors que les recherches étaient en cours, le président Bolsonaro a qualifié la mission “d’aventure peu recommandable”. Il a ensuite prétendu, sans fondement aucun, que Dom Phillips n’était pas apprécié dans la région. Le vice-président Hamilton Mourão a quant à lui commenté l’aveu du crime, disant que le décès de Dom Phillips était probablement un “dommage collatéral” d’une attaque visant Bruno Pereira. Il a suggéré que le crime ait été commis sous l’effet de l’alcool, minimisant la piste du crime organisé, privilégiée par la police. 

À présent que l’auteur de l’assassinat a avoué le crime commis, il reste à déterminer qui a commandité l’affaire. Tant que cela ne sera pas fait, l’enquête ne peut être considérée comme conclue. Tant que l’impunité règne, les indigènes et les défenseurs continueront à être en danger. 

La leader indigène Sonia Guajajara avait profité de sa participation au sommet #Time100, organisé le 7 juin 2022 à New York en l’honneur des 100 personnes les plus influentes du monde selon le magazine Time, pour alerter John Kerry, envoyé spécial des États-Unis pour le climat. Elle a déploré la lenteur des recherches, ainsi que l’état d’insécurité et de violence permanente que subissent les indigènes et ceux qui les soutiennent. Suite à l’annonce de la découverte des corps des disparus, elle a réagit sur Twitter

« Bruno Pereira et Dom Philipps jouaient en Amazonie un rôle que l’État brésilien n’a pas seulement oublié, mais qu’il a criminalisé ces dernières années. Nous devons changer ce cadre. Justice pour Bruno et Dom. Nous ne nous reposerons pas tant que nous ne l’obtiendrons pas. »

 

Sans relâche, le combat continue

Dans cette épreuve terrible, Planète Amazone apporte tout son soutien et ses condoléances aux familles de Bruno Araújo Pereira et de Dom Phillips. Dans une déclaration, la famille de Dom Phillips a remercié tous ceux qui ont participé aux recherches, et en particulier les groupes indigènes qui ont œuvré sans relâche pour trouver des preuves de l’attaque. L’épouse de Dom, Alessandra Sampaio, a déclaré : 

« Ce dénouement tragique met fin à l’angoisse de ne pas savoir où se trouvent Dom et Bruno. Maintenant, nous pouvons les ramener à la maison et leur dire au revoir avec amour. Aujourd’hui, nous entamons également notre quête de justice. »

L’épouse de Bruno, Beatriz Matos, a quant à elle écrit sur Twitter:

« Maintenant que l’esprit de Bruno erre dans la forêt et se répand parmi nous, notre force est bien plus grande. »

Ils ont été assassinés parce qu’ils réalisaient un travail essentiel : porter les voix des peuples indigènes du Brésil et dénoncer les attaques dont ils sont victimes. Inspirés par leur courage, nous leur rendons hommage et nous continuons le combat, sans relâche, jusqu’à obtenir justice, pour les peuples indigènes, pour l’Amazonie, pour Bruno et Dom. 

 

Sources principales : 

The Guardian : « Dom Phillips et Bruno Pereira : la police brésilienne trouve deux corps pendant la recherche des disparus »

The Guardian : « Le coeur brisé : leurs familles rendent hommage à Dom Phillips et Bruno Pereira »

Le Monde : « La mort de l’anthropologue brésilien Bruno Araujo Pereira »

Le Monde : « Mort de Dom Phillips, le journaliste de la tragédie amazonienne »

The Guardian : « Dom Phillips a été un “dommage collatéral” dans une embuscade alcoolisée, selon le vice-président du Brésil »

RFI : « Amazonie: des effets personnels de Dom Phillips et Bruno Pereira retrouvés »

France 24 : « En Amazonie, disparition d’un journaliste britannique et d’un expert brésilien »

 

A lire aussi sur Planète Amazone :

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Article rédigé par Anne-Sophie Fernandes



Mis a jour le 2022-06-30 07:20:10

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