BRÉSIL : Bolsonaro veut développer l’orpaillage en Amazonie


Jair Bolsonaro, président du Brésil, a signé, ce 14 février 2022, un décret visant à favoriser l’orpaillage en Amazonie. Il prévoit la mise en place de politiques publiques afin d’encourager le développement des activités minières artisanales.


© Felipe Werneck/Ibama

Cette décision émanant du gouvernement brésilien est très critiquée par les ONG et écologistes aux vues des nombreuses répercussions environnementales qu’elle entraînera. Forêts dévastées, rivières détruites, populations menacées et contaminées, l’orpaillage est le principal fléau social, sanitaire et environnemental menaçant l’Amazonie.

Au pouvoir depuis le 1er janvier 2019, Jair Bolsonaro ne s’est pas illustré par ces décisions en faveur de l’environnement, bien au contraire. Motivé par l’intérêt économique, le président du Brésil voit les orpailleurs comme des “aventuriers tentant de sortir de la pauvreté”. Ce président, fils d’un orpailleur, l’a très bien compris, la demande en or n’a cessé de croître  depuis les années 2000, notamment avec l’augmentation du niveau de vie en Chine et en Inde. 

Face à l’expansion des activités minières et agricoles, la déforestation de la forêt Amazonienne a atteint 13 235 km² entre août 2020 et juillet 2021, un record inégalé depuis les 15 dernières années.

 

Les conséquences environnementales

 

En 2021, cette activité minière a causé la destruction de près de 125 km² de forêt amazonienne, une surface supérieure à celle de la ville de Paris.

Par ailleurs, le mercure, utilisé dans le processus de purification de l’or, devient l’une des sources principales de pollution des fleuves, contamine tant la faune que la flore et entraîne de graves conséquences pour les populations locales. En effet, l’orpaillage a souvent lieu dans des territoires censés être réservés aux indigènes qui se nourrissent au sein de cet environnement, posant ainsi de graves problèmes de santé. 

L’or, en présence du mercure, se mélange et s’accumule pour former un composant solide. Malheureusement, une fois que cette substance atteint la rivière, elle se répand sur de larges surfaces et se retrouve dans des cours d’eau situés à plus de 200 km des activités d’orpaillage. 

Ces activités minières ont donc des conséquences environnementales qui dépassent largement, d’un point de vue géographique, les sites dédiés à l’orpaillage. Abritant de nombreuses espèces animales et végétales, dont plusieurs centaines sont endémiques, la forêt amazonienne subit le mercure relâché dans les cours d’eau et franchit les aires naturelles protégées comme le Parc national Rio Novo au Brésil et celui de Bahuaja Sonene localisé au Pérou.

 

L’orpaillage illégal : le fléau de l’Amazonie

 

La fièvre du métal jaune s’explique facilement au regard des conditions de vie des brésiliens. Avec un taux de chômage à 14,7% en 2021, les brésiliens font ce qui leur permet de vivre et l’arrivée de la crise sanitaire n’a rien arrangé.

Bien que l’orpaillage ne soit pas illégal en soit, il est nécessaire de disposer de licences environnementales et de pratiquer cette activité minière sur un territoire où elle est autorisée. Mais une bonne partie des “garimpeiros” (orpailleurs) n’ont pas de telles autorisations. Le gouvernement brésilien estime à 4 000 le nombre d’orpailleurs illégaux en Amazonie, un chiffre souvent considéré comme bien en dessous de la réalité par les écologistes. 

Selon Suely Araujo, ancienne présidente de l’agence environnementale Ibama et membre du collectif d’ONG Observatoire du Climat, le pouvoir exécutif brésilien devrait mieux encadrer cette activité, mais pour elle, ce n’est pas la préoccupation principale, bien au contraire.

L’appât du gain et l’impunité expliquent l’engouement pour l’activité minière de ce métal précieux, mais les choses peuvent vite s’enliser, comme en novembre dernier lorsque des centaines de bateaux de dragage d’orpailleurs illégaux ont formé d’impressionnants barrages sur le Rio Madeira, l’un des principaux affluents de l’Amazone. Cet événement prouve que les orpailleurs brésiliens contrôlent totalement la région et peuvent circuler en toute liberté.

Avec seulement 34% des 174 tonnes d’or extraites entre 2020 et 2021 ayant une origine certifiée, le gouvernement de Jair Bolsonaro est accusé d’avoir sabordé les organes publics de protection environnementale en les privant de moyens humains et financiers.

 

Planète Amazone défend les droits de la nature et des peuples indigènes . Soutenez-nous dans notre lutte, devenez nos alliés et ceux de nos Gardiens. 


Par Ghyslain Chakri.



Mis a jour le 2024-01-30 22:12:50

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