Équateur : importantes manifestations indigènes face aux mesures du gouvernement


D’importantes manifestations ont éclaté à Quito, capitale de l’Equateur ces dernières semaines avec un bilan de quatre morts depuis le début des violences. L’augmentation du coût de la vie en Equateur, à l’origine de ces manifestations, a réuni près de 14 000 manifestants qui exigent la baisse du prix des carburants.


El Blog de Jota, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Après deux semaines  de manifestations à Quito, le mouvement est parvenu à un accord avec le gouvernement, pour une baisse du prix des carburants de 15 centimes de dollars et l’abrogation d’un décret gouvernemental sur l’extension de l’exploitation pétrolière en Amazonie, en plus de la révision d’un autre décret sur l’extraction minière. 

Mais le bilan est lourd. La manifestation, qui se voulait pacifique, a pris un tournant violent le mercredi 24 juin 2022, les gaz lacrymogène et grenades assourdissantes de la police se heurtant aux pierres et cocktails molotov de certains participants à la manifestation. Au total, six personnes ont perdu la vie et plus de 600 ont été blessées au cours des deux semaines. 

L’augmentation du coût de la vie en Equateur, à l’origine de ces manifestations, a réuni près de 14 000 manifestants (dont 10 000 à Quito) qui exigent la baisse du prix des carburants.

Le mercredi 24 juin 2022, des milliers d’indigènes ont pénétré dans la Maison de la Culture qui leur sert traditionnellement de point de rencontre dans la capitale équatorienne. Les indigènes ont été rejoints par des travailleurs et des collectifs étudiants qui partagent leurs convictions.

La manifestation, qui se voulait pacifique au début, a pris un tournant violent lorsque certains manifestants ont riposté avec des pierres et des cocktails molotov aux tirs de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes des forces de l’ordre. Leonidas Iza, leader du mouvement, qui se trouvait sur place, a jugé que « c’est un très mauvais signe alors que nous avions demandé à notre base de faire une marche pacifique ». 

Ces évènements font écho aux manifestations de 2019, où des manifestants avaient pris d’assaut le siège du gouvernement équatorien et brièvement envahi le Parlement, incendié le bâtiment de l’inspection des finances et attaqué les locaux de deux médias. Les indigènes avaient alors rejeté la responsabilité sur des « infiltrés ».

 

Un gouvernement équatorien fixe sur ses positions

La Conaie, association des différentes communautés autochtones de l’Equateur, exige du gouvernement la baisse du prix du carburant. Celui-ci a refusé, assurant que les demandes des manifestants sur les carburants coûteraient à l’Etat plus d’un milliard de dollars par an.  Nayran Chalan, dirigeante indigène précise : « Ils disent que nous sommes des paresseux, que nous ne produisons pas et que c’est pour cela qu’il y a des pénuries ». Pourtant, la communauté indigène équatorienne a quitté ses communautés rurales pour venir à Quito manifester, après plusieurs jours de marche. C’est un sujet qui leur tient à cœur.

Les autochtones sont souvent maltraités par les pouvoirs équatoriens. Mais ils ne se laissent pas faire. Ainsi, entre 1997 et 2005, trois présidents équatoriens ont dû quitter le pouvoir sous la pression des autochtones. En 2019, une précédente vague de manifestations contre la fin des subventions au prix du carburant avait fait dix-neuf morts et des milliers de blessés dans des affrontements avec la police. Le président de l’époque, Lenin Moreno, avait été contraint de revenir sur des mesures économiques négociées avec le Fonds monétaire international (FMI). Le président Lasso peut compter cependant sur le soutien de l’armée.

 

À la tête des manifestations, l’homme au poncho rouge

Leonidas Iza, 39 ans, Kichwa du peuple Panzaleo, vient du cœur des Andes équatoriennes. Diplômé ingénieur agronome et toujours vêtu de son poncho rouge, il s’est fait connaître dans les manifestations indigènes de 2019 qui avaient fait 19 morts. Il mène les indigènes pendant la manifestation et est prêt à tout pour faire valoir ses droits et ceux de ses semblables. C’est lui qui est à la tête de la CONAI.

Si (l’exécutif) ne résout pas ce problème, des fleuves de personnes continueront à affluer dans la capitale “, a défié M. Iza, à la tête d’un groupe de près de 14 000 hommes et femmes capables, lances et bâtons à la main, de faire trembler un gouvernement. Il rajoute :  “Tout gouvernement qui arrive va devoir composer avec la position du mouvement indigène et des secteurs populaires”.

Qualifié d’anarchiste par le gouvernement équatorien et de figure charismatique par les indigènes, l’homme a un rêve: redonner du pouvoir aux peuples indigènes, comme au temps de Dolores Cacuango et Transito Amaguena, pionniers de la lutte indigène il y a 100 ans. Iza se décrit comme ayant une âme de guerrier et une honnêteté à toute épreuve. Il a longtemps été membre d’organisations et associations liées à l’Eglise catholique, avant de diriger l’Union des organisations paysannes du Nord Cotopaxi (Unocan). L’homme au poncho rouge a été arrêté le 12 juin 2022, durant les manifestations, puis libéré. « La détention de M. Iza a uni et intensifié une mobilisation qui avait commencé en ordre dispersé », note la politologue Sofia Cordero, de l’Institut des hautes études nationales (IHEDN).

Mais l’affaire ne s’arrête pas là, après la fin des manifestations, le lundi 4 juillet 2022, la justice équatorienne a lancé un procès contre Leonidas Iza, pour paralysation d’un service public, lors du blocage des routes. Ce délit peut être passible de trois ans de prison. 

 

Première et seconde concession de la part du président équatorien

Face aux violences qui ne s’arrêtent pas depuis deux semaines, le président équatorien, Guillermo Lasso, a fait une première concession le lundi 27 juin. 

« J’ai décidé de réduire le prix de l’essence de 10 cents [de dollar] par gallon [3,78 litres] et le prix du diesel également de 10 cents le gallon » 

Les indigènes ont salué la bonne nouvelle. Cependant, si le prix du pétrole a autant augmenté c’est à cause de la pénurie que rencontre le pays. La production de pétrole en Equateur est à un niveau critique. Les manifestations n’ont pas amélioré la situation et le ministre de l’énergie déplore que la production soit déjà réduite de 50%.

Le 30 juin, un texte élaboré sous la médiation de l’Eglise catholique prévoit une baisse de 15 centimes de dollar du prix des carburants et l’abrogation d’un décret gouvernemental sur l’extension de l’exploitation pétrolière en Amazonie, en plus de la révision d’un autre décret sur l’extraction minière. La Conaie reste cependant vigilante, elle a annoncé qu’elle réévaluerait le respect des engagements dans 90 jours.

 

Sources : 

Le Monde : « En Equateur, la contestation indigène contraint le président à baisser le prix des carburants

Le Monde : Equateur face à la contestation indigène le président accepte de baisser le prix des carburants 

France TV Info : Equateur : les indigènes et le gouvernement signent un accord pour mettre fin aux manifestations 

Le Monde : « En Equateur, les indigènes mobilisés « indéfiniment » contre la hausse des prix »

 

À lire aussi sur le site de Planète Amazone :

4 mai 2022 : Libération de Steven Donziger : retour sur un scandale judiciaire

10 février 2022 : Les peuples indigènes de l’Amazonie équatorienne à nouveau victime de l’industrie pétrolière

23 février 2022 : Équateur : Une décision juridique historique contre l’exploitation minière !

 


Article rédigé par Charlotte Girard



Mis a jour le 2022-08-03 10:33:37

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