Brésil : les Guarani-Kaïowá dénoncent le massacre de Guapoy et pleurent Vitor Fernandes


Planète Amazone est scandalisée par les agissements de la police militaire brésilienne à Guapoy. Les images de l’intervention sont choquantes. Malgré les alertes régulières lancées par les Guarani-Kaïowá et relayées par Planète Amazone, les attaques continuent, sans action efficace de la justice et de l’État. Au contraire, la police militaire, au lieu de protéger les indigènes, les réprime violemment, politique qui a coûté la vie à Vitor Fernandes. Nos pensées vont à sa famille et à sa communauté, ainsi qu’à tous les blessés. Ces violences ne peuvent plus rester impunies, le Brésil doit respecter ses engagements quant aux droits humains et démarquer les territoires indigènes, seule solution sur le long terme pour assurer la sécurité des Guarani-Kaïowá.

Depuis des années, les Guarani-Kaïowá se battent pour la démarcation de leurs terres ancestrales, accaparées par l’agro-business. Ils lancent régulièrement des actions de reprise de ces territoires, mais sont menacés et attaqués par des éleveurs, des milices ou même la police. Vendredi 24 juin 2022, une intervention de la police militaire pour expulser une communauté a causé la mort d’un indigène, Vitor Fernandes, et fait plusieurs blessés.


Manifestation de solidarité à São Paulo pour la démarcation des terres indigènes dans le Mato Grosso do Sul, 2012. Crédits photo : Percurso da Cultura | Wikimedia | CC BY-SA 2.0

Le 24 juin 2022, la police militaire brésilienne a lancé une action visant à expulser des indigènes Guarani-Kaïowá qui reprenaient leur territoire ancestral, Guapoy Mirim. Ce territoire est situé en terre indigène d’Amambai, dans le Mato Grosso do Sul, près de la frontière avec le Paraguay. L’intervention de la police, très violente, a causé la mort d’un indigène, Vitor Fernandes, alors âgé de 42 ans, et a fait des dizaines de blessés. Cette attaque, baptisée « massacre de Guapoy » , s’ajoute à la série de décès indigènes causés par les conflits agraires dans la région. 

La police militaire a admis avoir agi sans ordre judiciaire de reprise de possession. Les Guarani-Kaïowá et l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil (Apib) considèrent donc cette action comme illégale. Ils ont attribué le massacre à l’ « agro-banditisme » , et ont dénoncé l’arrestation des indigènes blessés qui ont été conduits à l’hôpital.

 

Le combat pour la reprise des terres et la démarcation

À la source de ces conflits agraires dans le Mato Grosso do Sul, on retrouve la politique de l’État brésilien du début du XXe siècle. L’État a encouragé les propriétaires terriens à acheter des espaces ancestralement occupés par des peuples indigènes. Selon l’anthropologue Diógenes Cariaga, professeur à l’université d’État du Mato Grosso do Sul :

« Il y avait l’idée de la politique indigéniste selon laquelle les Indiens étaient en voie d’assimilation et d’intégration à la population nationale en tant que travailleurs. Dans cette logique, il était insensé d’étendre les portions de terre habitées par les populations indigènes. »

En réalité, à l’heure actuelle, sur la terre indigène Amambai, la moyenne est de 0,8 hectare pour chaque unité familiale indigène, selon un ratio calculé par le média brésilien Brasil de Fato. Un nombre insuffisant pour la plantation, la pêche et la chasse. En effet, selon l’agence nationale de protection des animaux et des plantes du Mato Grosso do Sul, une famille de quatre indigènes a besoin d’un espace de 30 hectares pour assurer sa subsistance. Manquant d’espace pour produire suffisamment de nourriture, les indigènes survivent de façon précaire. Certains sont contraints de quitter leur famille pendant des mois pour occuper des emplois précaires dans des usines. 

Contrairement aux propos du président brésilien, Jair Bolsonaro, il n’y a pas « beaucoup de terres pour peu d’indigènes. » Au contraire, il y a peu de terres démarquées, pour de nombreux peuples indigènes. Aujourd’hui, près de 30 communautés Kaïowá et Guarani sont à risque d’être attaquées ou expulsées. Les terres ancestrales sur lesquelles elles habitent n’ont pas pu être démarquées comme terre indigène reconnue selon la Constitution brésilienne. En mai 2022, nous vous parlions justement des risques menaçant la communauté Guarani-Kaïowá de Mboreviry. D’où le combat pour la reprise des terres ancestrales et la démarcation. 

 

Deux obstacles à la démarcation des terres: Bolsonaro et l’agro-business

Malheureusement ce combat se heurte à la force de l’agro-business et à l’influence du président brésilien Jair Bolsonaro. Celui-ci s’est personnellement prononcé contre la démarcation de nouvelles terres indigènes. Depuis son arrivée au pouvoir, aucune nouvelle terre indigène n’a été démarquée, contrairement à ce que prévoit la Constitution. La menace d’un projet de loi sur le marqueur temporel plane également sur les indigènes. Ce projet de loi pourrait conduire à une régression dramatique du nombre de territoires indigènes démarqués, en revenant aux limites de 1988. 

Quant à l’agro-business, la direction de l’Aty Guasu, l’assemblée générale des Kaïowá et des Guarani, dénonce le fait que les violences se sont aggravées avec l’arrivée de Bolsonaro au pouvoir. Les électeurs ont un sentiment renforcé d’impunité, encouragé par les déclarations de Bolsonaro et la libéralisation du port d’armes à feu. Mais cette tendance a démarré il y a plusieurs années, et les grands éleveurs de bétail du Mato Grosso do Sul ont d’ailleurs déjà tenté de former des milices rurales. 

En 2013,  l’Association des éleveurs du Mato Grosso do Sul (Acrissul) et la Fédération de l’agriculture et de l’élevage (Famasul), ont ainsi collecté 860 000 reais (plus de 150 000 euros) auprès des producteurs ruraux de la région afin d’embaucher du personnel de sécurité. Ils clamaient que le secteur agroalimentaire était agressé, et se disaient prêts à tout faire pour se protéger. Cette initiative a été soutenue par d’anciens ministres de Bolsonaro, tels que Henrique Mandetta, Tereza Cristina et Kátia Abreu, ainsi que l’actuel gouverneur du Mato Grosso do Sul, Reinaldo Azambuja. La création de la milice a fini par être jugée illégale et bloquée par la Cour fédérale. 

 

La démarcation seule solution à ces attaques persistantes

Cela fait des années que des indigènes sont attaqués et menacés. Selon l’Aty Guasu, tous ceux qui sont au centre du mouvement sont persécutés. En 2013, un fermier avait avoué le meurtre de Denílson Barbosa, un Guarani-Kaïowá âgé seulement de 15 ans. En 2015, le leader Simeão Vilhalva a été assassiné d’une balle dans la tête. Puis en 2016, ce fut Clodiodi Aquileu Rodrigues de Souza, 26 ans, qui perdit la vie dans un conflit. Et il y a environ un mois, Alex Recarte Vasques Lopes, un indigène de 18 ans, a été assassiné.

Malgré les menaces, les Guarani-Kaïowá continuent leur combat. Après l’enterrement et le vigile pour Vitor Fernandes et tous les leaders tués pour la cause, qui a eu lieu pendant le week-end du 26 juin, les indigènes ont repris possession de la zone de Guapoy lundi 27 juin. La police fédérale a déclaré qu’une enquête et expertise anthropologique est en cours, jusqu’au 1er juillet 2022. L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, l’Apib, a quant à elle dénoncé les attaques auprès des Nations Unies et de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme. Elle demande justice et le jugement du Gouverneur de l’État du Mato Grosso do Sul, du Secrétaire à la Sécurité de l’État  et du commandant de la Police militaire. La seule solution durable à ces conflits est la démarcation des terres ancestrales. 

 

Sources : 

Brasil de Fato : « Comment l’agrobusiness a encerclé les Guarani-Kaïowá et pourquoi les indigènes tentent de reprendre leurs terres. »

Globo : « Un affrontement entre indigènes et police militaire fait des blessés dans une ferme à Amambai »

Apib : « L’Apib dénonce les attaques contre les communautés Guarani-Kaiowá aux Nations Unies et à la CIDH. »

 

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Article rédigé par Anne-Sophie Fernandes



Mis a jour le 2022-08-03 10:33:37

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