Boycott : des supermarchés européens disent “non” aux produits issus de la déforestation


Ce sujet mobilise tout particulièrement Planète Amazone, qui a fait écho aux demandes de boycott de chefs indigènes d’Amazonie brésilienne en lançant, en mars 2021, avec près d’une centaine d’organisations, une pétition appelant l’Europe à prendre ses responsabilités, notamment en ce qui concerne les produits issus de la déforestation importés sur le vieux continent.

L’élevage intensif, les monocultures et les coupes de bois sont la cause de nombreux ravages écologiques en Amazonie brésilienne, menaçant biodiversité et peuples indigènes. Si l’Europe importe encore les produits de la déforestation, plusieurs grands groupes de distribution sommés par des ONG commencent à retirer des produits de leurs supermarchés. Serait-ce enfin un passage à l’acte après des années de belles paroles ?


Pâturage de bétail en Amazonie. © Flickr, Camila Domingues/Palácio Piratini.

Où l’on reparle une fois encore du président brésilien Jair Bolsonaro, qui remettra son mandat en jeu en 2022. Depuis son élection en janvier 2019, les chiffres en matière de déforestation ont atteint des taux records faisant la Une des médias internationaux. Proche du lobby de l’agro-industrie, il participe activement par ses décisions et ses prises de parole au développement de l’exploitation illégale de l’Amazonie, notamment par le biais de l’élevage de bétail. Une enquête récente souligne encore davantage le lien entre l’élevage intensif et la déforestation, qui menace la faune et la flore brésilienne.

Déforestation vue du ciel en Amazonie brésilienne. © Flickr, MARCIO ISENSEE E SÁ.

 

L’Europe annonce renoncer au bœuf issus de l’élevage intensif en provenance d’Amazonie brésilienne

En mai 2021, plusieurs distributeurs européens menaçaient de boycotter les importations brésiliennes participant à la déforestation. Suite à la publication de l’enquête menée par Greenpeace en partenariat avec l’ONG américaine Mighty Earth, les choses semblent s’accélérer : deux grands groupes de distribution d’origine française (Carrefour et Auchan) ont récemment annoncé retirer de leurs rayons plusieurs produits à base de bœuf, probablement liés à la déforestation en Amazonie. D’autres supermarchés européens ont également fait part de leur engagement, comme la chaîne belge Delhaize qui annonce « retirer tous les produits Jack Link’s de ses rayons.» Après des années de tergiversations, tous expriment désormais haut et fort leur refus d’être complices de la “déforestation importée.”

Un éleveur et son groupe de bétail dans l’État du Para (Brésil). © Flickr, AC Moraes.

 

Le 17 novembre 2021, après la COP26 , la Commission européenne a adopté une nouvelle réglementation visant à interdire l’importation de produits (soja, bœuf, café, bois, cacao, huile de palme…) et produits dérivés (cuir, ameublement…) en Europe lorsqu’ils contribuent à la déforestation, dans leur pays de production. Plusieurs ONG saluent la décision, notamment ​Greenpeace qui voit « une lueur d’espoir inédite ».

Les groupes industriels brésiliens – JBS, Marfrig et Minerva – accusés de participer à la déforestation contestent fermement les faits, bien que l’enquête démontre le contraire. Comme d’autres, ils sont pointés du doigt pour ne pas respecter les règles de transparence en matière d’import/export et dissimuler l’origine de la viande avant de l’exporter vers le continent européen.


Déforestation vue du ciel en Amazonie brésilienne.L’ONG et média journalistique Diclose, en partenariat avec The Bureau of Investigative Journalism, Repórter Brasil et The Guardian, ont mené l’enquête au coeur de la multinationale brésilienne : JBS Friboi. L’entreprise brésilienne écoule plusieurs milliers de tonnes de boeuf brésilien en Europe par an et une partie de cette production contribue à la déforestation de l’Amazonie. ©Diclose

L’Europe complice d’une politique barbare où l’agro-industriel est roi 

Les champs destinés à l’agriculture naissent à vue d’œil au détriment de l’Amazonie brésilienne, qui occupe 60% du territoire. Ce sont des millions d’hectares de forêts qui sont décimés pour étendre les zones de pâturages, la cultivation de soja, de canne à sucre, de maïs, de coton ou encore de café. Parmi toutes les menaces subies par la plus grande forêt tropicale au monde,  le développement de cette agriculture productiviste est la plus sérieuse.

 

Les grands abattoirs responsables de la déforestation
et de l’accaparement des terres indigènes

 

Abattoir brésilien. © Flickr, Jeso Carneiro.

 

Pour mener leur étude Greenpeace et Mighty Earth ont collecté des données auprès d’environ 150 fermes dans les États du Mato Grosso, de l’Amazonas et du Pará. Les trois fermes ayant fait objet d’une étude approfondie démontrent que les conditions d’élevage participent à la déforestation, à l’accaparement des terres, à la violation des droits des peuples indigènes et à l’accroissement de violences envers les indigènes. L’abattoir JBS, l’un des plus grands producteurs de viande au monde, est mentionné plusieurs fois comme principal exportateur de viande à l’international. Ce dernier s’approvisionnerait auprès de fermes déjà condamnées pour déforestation. Voici quelques données pour avoir un ordre d’idée de la catastrophe écologique : 

 

  • Selon l’Institut national brésilien de recherche spatiale (INPE), 13 235 kilomètres carrés (8 224 milles carrés) de forêt avaient été défrichés entre août 2020 et juillet 2021 – la plus grande superficie perdue à cause de la déforestation en Amazonie brésilienne depuis 2006.

 

  • Selon une analyse de Greenpeace sur le taux de déforestation en Amazonie pour 2021, 30% de la superficie perdue était concentrée dans les forêts publiques non-destinées à l’exploitation, les unités de conservation et les territoires indigènes.

 

  • 75% des forêts publiques non-destinées à l’exploitation, entre 1997 et 2020, sont occupées par des pâturages, ce qui indique une occupation illégale pour l’élevage de bétail.

 

 

 

À travers la consommation de ses citoyens, l’Union européenne joue un rôle majeur dans ce crime d’écocide de masse. En effet, les importations de viande liées à la déforestation représentent 16% du commerce international et se retrouvent dans les assiettes des consommateurs européens. En 2021, dans un rapport publié par WWF, l’Europe a tristement été désignée comme “deuxième importateur mondial de déforestation tropicale” juste derrière le plus grand pollueur du monde : la Chine. Luciana Gatti, climatologue à l’INPE affirme : « Si vous importez du bœuf du Brésil, 40 % de celui-ci vient d’Amazonie. »

 Si notre mode de consommation en Europe est à revoir, la signature de l’accord de libre échange entre les pays de l’Union Européenne et du Mercosur rend le danger plus imminent que jamais. Les pays du Mercosur sont parmi les plus riches en biodiversité, mais ont des économies fondées sur des activités d’épuisement des ressources naturelles, par ceux qui veulent en tirer profit, dangereuses pour la survie des peuples indigènes. Cet accord rend davantage complice l’Europe qui soutiendrait des systèmes agricoles destructeurs fondés sur la monoculture, l’usage intensif de pesticides, la déforestation et la délocalisation des peuples indigènes habitant les forêts depuis des millénaires. Comment les pays européens ont-ils pu accepter de conclure un pacte avec Jair Bolsonaro, actuellement sous le coup d’une plainte pour crime contre l’humanité devant la Cour Pénale internationale ?

Parallèlement, l’usage de nombreux pesticides interdits d’utilisation en Europe a été approuvé par le gouvernement Bolsonaro afin de satisfaire la demande mondiale et de maintenir ses exportations, dont le pays est devenu dépendant économiquement parlant. L’Amazonie se rapproche de plus en plus d’un point de non-retour. Des projets de loi encourageant l’accaparement ainsi que la destruction des territoires indigène sont constamment à l’ordre du jour.

 

Les peuples premiers, sentinelles de l’Amazonie et premières victimes des activités illégales

Les peuples indigènes, Gardiens de la forêt pourtant essentiels au maintien du biome amazonien, sont les premières victimes de ces activités illégales. Cristiane Mazzetti, porte-parole de Greenpeace affirme : « Il est nécessaire de revoir le modèle actuel – visant à une transition vers des formes de production qui coexistent avec la forêt et ses peuples – pour rétablir la capacité de freiner et de punir la criminalité environnementale (…) reconnaissant les droits fonciers des peuples et communautés traditionnels, des peuples indigènes et des agriculteurs. De plus, il est essentiel que les abattoirs remplissent leurs engagements préalablement signés et progressent dans la traçabilité totale de la chaîne, y compris le contrôle de tous les fournisseurs indirects. La traçabilité doit se faire à travers un système public et accessible afin de permettre aux consommateurs de savoir d’où vient la viande qu’ils achètent. »

 

Le « double jeu » de l’Europe thème d’une pétition avec 90 cosignataires

En lien avec des organisations indigènes et d’autres partenaires européens, Planète Amazone a mobilisé en mars 2021 près d’une centaine d’organisations et mouvements français et internationaux (Amazon Watch, Society for Threatened Peoples Germany, Les Amis de la Terre, Notre Affaire à Tous, Or de Question, Envol Vert, Attac, Youth For Climate, Extinction Rebellion…) pour appeler le vieux continent à une prise de responsabilité immédiate. Une pétition mondiale a été lancée et appelle notamment à la mise en place d’un contrôle strict des entreprises européennes responsables de la destruction des écosystèmes naturels et qui bafouent les droits humains. La responsabilité collective des pays européens doit maintenant devenir une coopération internationale permettant de sauver l’Amazonie et ses peuples. 


Les jeunes mobilisés pour le climat et les chefs indigènes du Brésil se sont unis pour vous demander de l’aide. Écoutez leur message. ©Planète Amazone.

Pour faire face à une urgence absolue, des chefs indigènes du Brésil, des jeunes mobilisés pour le climat et des organisations de la société civile s’associent pour appeler, notamment, les chefs d’États et parlementaires de l’Union européenne :

  • À l’abandon immédiat et définitif de l’accord commercial UE-MERCOSUR.
  • À la création d’une coalition de parlementaires européens travaillant en lien avec les peuples indigènes et la société civile pour veiller à la protection de l’Amazonie et de ses peuples.
  • Au gel des importations de produits et ressources liés à la déforestation.
  • Au contrôle strict des entreprises européennes responsables de la destruction des écosystèmes naturels et du non-respect des droits humains.

Signez la pétition.

 

Cette pétition a été lancée dans la foulée d’une mini-série documentaire de 4 épisodes coproduite par Planète Amazone, la Fondation Leopold III, Amazon Watch et la FEPHAC pour la plateforme américaine EarthXTV,  Les 26 invités exceptionnels, parmi lesquels Jane Godall, Paul Watson, Davod Suzuki et le cacique Raoni Metuktire, y incitent les citoyens du monde entier à se mobiliser en solidarité avec les peuples indigènes

(Re)voir les 4 épisodes de “Protégeons l’Amazonie” et rejoindre notre équipe

 


Par Béatrice Fidalgo.



Mis a jour le 2022-06-30 07:20:10

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