Répit pour la terre du peuple GUARANI-KAIOWÁ et pour les indigènes au Brésil


Ce mercredi 7 avril, le Tribunal Suprême Fédéral brésilien (TSF) a rendu le verdict d’un procès à très haute tension menaçant l’avenir de bien des terres indigènes déjà délimitées et donc à priori protégées. À l’unanimité des juges délibérant le recours du peuple Guarani-Kaiowá face à l’annulation, en 2014, de la démarcation de la terre indigène Guyraroka a été accepté : une grande -mais provisoire – victoire pour ce peuple !


Ce mercredi 7 avril, le Tribunal Suprême Fédéral brésilien (TSF) a rendu le verdict d’un procès à très haute tension menaçant l’avenir de bien des terres indigènes déjà délimitées et donc à priori protégées. À l’unanimité des juges délibérant le recours du peuple Guarani-Kaiowá face à l’annulation, en 2014, de la démarcation de la terre indigène Guyraroka a été accepté : une grande -mais provisoire – victoire pour ce peuple !

Les juges ont voté en faveur des Guarani-Kaiowá estimant qu’il y avait bel et bien eu une violation de leur droit à l’accès à la Justice dans la décision contestée.

Suite à cette décision, un nouveau procès va débuter avec, cette fois-ci, la participation effective de la communauté. Il y a de réelles chances qu’il permette d’inverser de façon définitive l’annulation de la terre indigène Guyraroka, ce qui serait une victoire historique pour les 26 familles qui y vivent mais également pour tous les Guarani-Kaiowá et les autres peuples indigènes unis dans une même lutte.

Une délégation du peuple Guarani-Kaiowa devant la Cour Suprême au Brésil (Brésilia) pour récupérer leur terre Guyraroka,
annulée par une première décision de justice – Photo APIB

Le cas de la terre indigène Guyraroka est devenu un symbole car ceux qui ont demandé sa disparition invoquent la thèse du marqueur temporel, issue d’une interprétation fallacieuse de la Constitution de 1988, ayant accordé des droits aux indigènes sur leurs terres. Ainsi, cette thèse affirme que les droits ne concerneraient que les terres indigènes déjà homologuées au moment de l’entrée en vigueur de la Constitution, soit le 5 octobre 1988.

“Si la communauté gagne cette action, tout revient à la case départ : l’ordonnance déclaratoire de Guyraroka est à nouveau validée, et tant le processus que la décision qui a annulé la démarcation deviennent caducs”, a expliqué Rafael Modesto dos Santos, l’un des avocats de la communauté de Guyraroka.

Mais cette première victoire ne marque pas la fin de la lutte, un long combat attend encore le peuple Guarani-Kaiowá, comme l’a déclaré Erildeide Domingues, un jeune leader : “cette décision favorable est une étape très importante pour nous, mais nous savons qu’il y a plus à venir et nous sommes prêts et impatients de faire partie de ce processus”.

Exclusif : réaction de Valdelice Veron*,
porte-parole du peuple Guarani-Kaiowá

Je salue tous les Français, les compagnons, les amis qui nous ont donné la force, qui ont lutté avec nous d’une manière ou d’une autre pour notre survie ici au Brésil. Aujourd’hui, c’est une grande conquête pour nous, nous avons gagné devant le Tribunal fédéral une des terres pour lesquelles nous nous battons. L’une de nos 49 terres indigènes, nos terres sacrées, est la terre indigène Guyraroka, ici au Brésil, dans l’État du Mato Grosso do Sul.

Je suis venu vous dire qu’il est important que nos amis, nos alliés, en viennent à penser que le Brésil passe après les peuples indigènes. Notre histoire a commencé avant celle du Brésil. Nous avons notre science et nos connaissances, aussi raffinées et complexes que celles des Européens et des autres immigrants colonisateurs qui sont arrivés ici. Dans les livres d’histoire, tous les récits sont racontés par les autres, pas par nous. Ce n’est donc qu’une version déformée de l’Histoire, qui rend difficile de montrer qui nous sommes, où nous sommes, où nous en sommes. Nous sommes rendus invisibles parce que cela nuirait d’une certaine manière aux structures de pouvoir qui sont ancrées sur la planète, parce que notre façon de vivre et d’être dans le monde est différente.

Les politiques publiques des gouvernements actuels et passés nous protègent encore, mais nous placent au rang des incapables, méprisant notre autonomie et nos compétences. Nous sommes en train de mourir ! Il y a un génocide. Oui, un génocide est en cours et il n’a pas commencé au cours de cette décennie. Ce qui manque, c’est la conscience de l’humanité que ce n’est qu’à travers nous que nous pouvons sauver l’humanité, car la terre résistera sûrement.

Je viens parler une fois de plus, en tant que Kaiowá, femme Kaiowá et porte-parole de mon peuple. Je viens vous dire l’angoisse que nous avons vécu cette semaine, parce que lorsqu’une signature est faite à la Cour suprême, nous savons que cela peut mener à des coups, au retour de la mort, au grand génocide. Mais aujourd’hui nous sommes heureux, nous sommes ici maintenant en train de chanter, de danser et de remercier notre Terre Mère, parce que nous avons réussi ensemble, tous ensemble je crois, avec des alliés et des camarades. Nous avons réussi une fois de plus. Parce que notre terre, nous ne l’oublions pas. Notre territoire, nous ne l’oublions pas. Les années peuvent passer, mais nous n’oublierons jamais notre lien avec la tradition.

Notre terre est sacrée. C’est sacré. Chaque Tekoha a son histoire, sa mémoire, ce n’est pas quelque chose qui s’oublie. Ainsi, même avec les persécutions, même avec les menaces, même avec les nombreux décès que nous connaissons, nous continuons à nous battre pour notre Terre Mère.

Chaque jour, nous nous battons pour la vie, celle d’une femme, d’un homme, d’un enfant, de notre chien, parce que s’ils ne nous tuent pas avec des balles, avec des fusils, ils essaient de nous tuer avec des amendements constitutionnels, ils essaient de nous tuer en empoisonnant notre rivière. Ce terrorisme se présente sous toutes les formes ici dans l’État du Mato Grosso do Sul, ici au Brésil.

Je te remercie de la part de Planète, Gert. Et au nom de notre allié, le camarade Gert, je tiens à vous remercier tous. Ce 19 avril [ndlr: “jour de l’Indien”] vient de la dictature militaire. Mais nous, peuple indigène, nous de la nation indigène, nous avons rejeté cette date. Il s’agit d’une journée unique de visibilité des indigènes. C’est encore un peu une caricature, surtout dans l’éducation, parce qu’ils font des coiffes en carton et enseignent dans les écoles une image stéréotypée qui ramène vers le passé, comme la lettre de Pero Vaz de Caminha, ignorant notre histoire millénaire.

Je voudrais que tous les gens qui habitent le territoire du Brésil, anciennement nommé pindorama, réfléchissent aux peuples indigènes, qu’ils comprennent que nous ne sommes pas de mauvaises personnes, que nous accueillons tous les non-indigènes et que nous vous accueillons, vous qui êtes arrivés dans vos caravelles portugaises, qui nous avez tout pris, dont certains luttent aujourd’hui pour survivre dans notre propre maison. Même après tant de mal et d’oppression, nous chantons, nous prions pour vous, pour que notre grand être du firmament touche vos cœurs, vos esprits.

Nous ne voulons pas grand-chose, juste vivre dignement et selon notre mode de vie sur notre terre sacrée. Je vous remercie beaucoup de vous battre avec nous en ce moment.

Valdelice Veron, le 8 avril 2021

* Pour rappel, Planète Amazone est engagé depuis plusieurs années aux côtés du peuple Guarani-Kaiowá. En 2015, nous avons organisé la première visite en Europe de la grande leader Valdelice Veron et déposé plainte pour crimes de génocide contre son peuple auprès de la Cour Pénale Internationale. Retrouvez son témoignage poignant dans le programme EarthX “Protégeons l’Amazonie” disponible en replay ici : https://cutt.ly/OcXUN7i



Mis a jour le 2021-04-19 10:16:12

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