L’internationalisme radical face à la dégradation du climat : pourquoi nous avons besoin d’un nouveau pacte écologique mondial


Une Internationale Progressiste est lancée afin d’adopter un « programme commun » pour lutter contre la montée du proto-fascisme et la dégradation du climat.


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par Benjamin James Davies, le 29 septembre 2020

 

Alors que des invasions de criquets, des brasiers cauchemardesques et une pandémie mortelle balaient la planète, il est devenu facile de sombrer dans le désespoir face aux immenses défis auxquels l’humanité est confrontée. Même notre proximité à l’Armageddon se mesure désormais en secondes plutôt qu’en minutes sur l’horloge de la fin du monde, la double menace de la guerre nucléaire et de la destruction du climat nous laissant à 100 secondes de la catastrophe.

 

Face à ces défis sans précédent, l’establishment néolibéral s’est replié derrière un nativisme qui cherche à préserver le statu quo en pratiquant la politique de l’autruche face à la menace imminente d’une catastrophe climatique. Certaines propositions parcellaires ont été faites au nom de la coopération internationale en vue d’éviter une catastrophe climatique, comme le pacte écologique pour l’Europe, un effort colossal vers une Union européenne neutre en carbone qui promet d’offrir trop peu, trop tard.

 

Alors que la coopération internationale est au plus bas, l’Internationale Progressiste (IP) a tenu son sommet virtuel inaugural le 18 septembre 2020.

 

Visant à « unir, organiser et mobiliser les forces progressistes dans le monde entier », l’IP offre un champ d’action beaucoup plus large que celui des autres organisations internationalistes de tout l’échiquier politique, et souligne le choix difficile qui s’offre désormais à l’humanité : « internationalisme ou extinction ».

 

Avec les discours d’ouverture de Yanis Varoufakis, Naomi Klein et Noam Chomsky, le sommet inaugural a couvert une multitude de sujets, allant de la manière de reconquérir le monde post-Covid, en passant par un plan pour un internationalisme démocratique radical qui n’ignore pas le provincialisme, et enfin au besoin urgent d’un nouveau pacte écologique mondial.

 

La nécessité pour les progressistes du monde entier de coopérer ne pourrait être plus claire ; ces dernières années ont vu un internationalisme nationaliste réactionnaire et pervers qui s’est positionné comme la « véritable opposition » à l’establishment néolibéral corrompu qui a agit comme si de rien n’était face à un désastre économique et climatique sans précédent. Se faire entendre au-dessus du vacarme de la lutte illusoire entre libéralisme et proto-fascisme est devenu extrêmement difficile pour les vrais progressistes, ce qui signifie que de nombreuses occasions de mettre fin aux inégalités croissantes et de réparer certains des dommages causés par la destruction du climat ont été manquées.

 

Pour traduire leurs paroles en actes, Yanis Varoufakis a exhorté les participants à adopter « un programme commun et un plan d’action collectif peu commun », offrant un schéma directeur pour une action collective qui permettra une coopération à l’échelle internationale sans ignorer les problèmes locaux. Au cœur de ce plan d’action se trouve le  nouveau pacte écologique mondial, une synthèse des programmes existants qui offrira une vision plus radicale et cohérente face à la catastrophe climatique.

 

Cet accord offrira une feuille de route pour sortir de l’austérité et s’orienter vers un avenir plus vert, en adoptant nombre des idées du nouveau pacte écologique pour l’Europe, défendu par le DiEM25 (Mouvement pour la démocratie en Europe 2025). L’adoption d’infrastructures sans émissions de carbone et l’orientation des emplois verts, dignes et bien rémunérés doivent être au cœur de ce nouveau pacte écologique mondial, et cela nécessitera également que les progressistes coordonnent la répartition des coûts et des bénéfices entre le Nord et le Sud.

 

De nombreux progressistes doivent désormais admettre que les luttes socialistes contre l’inégalité sont inextricablement liées à la lutte contre le désastre climatique. Tant que les 1% les plus riches du monde créent deux fois plus d’émissions de CO2 que les 50% les plus pauvres, le socialisme est la seule alternative à un autoritarisme réactionnaire et destructeur du climat, comme l’a rappelé Vijay Prashad. De même, l’historien lakota Nick Estes a parlé du besoin urgent de décoloniser l’atmosphère et d’offrir à l’humanité un modèle centré sur la terre plutôt qu’anthropocentrique. Alors que les peuples indigènes représentent moins de 5 % de la population de la Terre, leur protectionnisme environnemental préserve environ 80 % de la biosphère de la planète. La forêt amazonienne, qui est le poumon du monde, est en grave danger, et les militants indigènes constituent la ligne de défense la plus vitale contre une catastrophe climatique irréparable.

 

Tout nouveau pacte écologique mondial doit intégrer le leadership indigène, inspiré par la conférence de Cochabamba de 2010 et les tribunaux du climat qu’elle a préconisés. Il est essentiel que le Nord crée un espace atmosphérique pour le Sud en réduisant et en absorbant leurs émissions, en assumant les coûts du transfert de technologie, en ouvrant leurs frontières et en remboursant leur dette climatique par la restauration des terres.

 

Naomi Klein a offert sa vision des « années de réparation » qui suivront inévitablement la crise actuelle de Covid-19.

 

Elle a affirmé que la pandémie peut nous servir d'”enseignant”, en nous donnant le temps et l’espace nécessaires pour réévaluer les priorités superflues de nos vies avant le Covid. Sur le plan individuel, Mme Klein a déclaré que cette crise nous a donné l’occasion de remettre en question notre surconsommation, et nous a démontré que personne n’a sa place dans les entrepôts, les prisons, les usines de conditionnement de viande, les camps de détention ou les maisons de retraite industrielles où le virus s’est propagé :

 

« Des endroits où des vies humaines ont déjà été sacrifiées, des machines humaines pour l’extension du profit. »

 

Le nouveau pacte écologique mondial doit être la pierre angulaire de ces années de réparation. Pour ceux d’entre nous qui se réveillent chaque jour avec des histoires d’un monde en feu, brisé, l’Internationale Progressiste et le nouveau pacte écologique mondial nous offrent un impératif autour duquel toutes les forces de la planète peuvent s’unir, partageant des histoires d’un but collectif et collaborant à une transformation juste et équitable. Pour reprendre les mots de Klein elle-même, « En étant prêt à regarder notre état de dégradation, il y a de la place pour le deuil et l’entraide ».

 

Le besoin impératif absolu de compassion, de solidarité et d’amour face à la destruction du climat et à l’effondrement de la démocratie libérale ne pourrait être plus grand, a exhorté Noam Chomsky dans son discours d’ouverture. Les progressistes du monde entier doivent travailler ensemble pour reconstruire (ou dans certains cas, construire directement)  une démocratie vivante et bien informée. Faisant écho aux appels de certains des plus grands climatologues du monde, Chomsky nous a exhorté à la panique. Les gens partout dans le monde n’en font tout simplement pas assez, et nous sommes affligés des pires dirigeants au pire moment possible.

 

Un nouveau pacte écologique mondial démontrerait que les moyens de changer de cap et d’éviter cette crise sont disponibles dès maintenant, mais pas pour longtemps.

 

L’un des principaux objectifs de l’IP doit être de faire en sorte que nous « paniquions maintenant et agissions en conséquence ». Le Dr Cornel West a également lancé un appel urgent aux progressistes pour qu’ils luttent contre l’extinction « avec le sourire », en s’attaquant à la double crise de la complicité, de la complaisance et de la lâcheté des classes politiques et intellectuelles.

 

Les internationalistes progressistes qui œuvrent en faveur d’un nouveau pacte écologique mondial doivent paniquer, mais de manière contrôlée, significative et décisive, a exhorté le député John McDonnell, ancien chancelier « de l’ombre » du Royaume-Uni. La pandémie actuelle a levé le voile sur plus d’un, exposant les défaillances et les faiblesses paralysantes du système néolibéral qui détruit la planète. Des décennies d’austérité après le crash de 2008 au Royaume-Uni et ailleurs ont laissé les services publics dépouillés jusqu’à l’os et incapables de faire face à la pandémie, ce qui signifie que peu de gens ont confiance en la capacité de leurs classes dirigeantes à prendre des mesures décisives contre la destruction du climat.

 

Les partis politiques progressistes tels que le “Labour” (parti travailliste) au Royaume-Uni doivent placer le nouveau pacte écologique au centre de leur programme politique, plutôt que de proposer une rhétorique de “la Grande-Bretagne d’abord”. Face à l’extinction, l’internationalisme et le socialisme sont les seules alternatives, et l’Internationale Progressiste propose un modèle de nouveau pacte écologique mondial, radical et démocratique, pour sauver notre planète.

 


© openDemocracy, 29/09/2020, traduit de l’anglais par Martino AZONHOTODE – Article original



Mis a jour le 2020-10-05 23:14:32

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