Brésil : la fin de la démarcation des terres indigènes serait une catastrophe, dit un écologiste


Gert-Peter Bruch, fondateur de l’ONG Planète Amazone, se dit choqué par les déclarations de Jair Bolsonaro, le président élu du Brésil, qui a affirmé cette semaine que son gouvernement s’opposerait à de nouvelles démarcations de terres indigènes.


Source : RFI

Le président élu du Brésil, Jair Bolsonaro, a affirmé cette semaine que son gouvernement s’opposerait à de nouvelles démarcations de terres indigènes. Lors d’une interview, Bolsonaro a déclaré que les indiens devaient s’adapter à la société. Il a également comparé la présence des indigènes dans les terres démarquées à celle des animaux dans un parc zoologique et allègue que les indigènes n’ont pas besoin de cela. Une indigène, un historien et un écologiste ont commenté ces déclarations.

Selon Daiara Figueroa, indigène de la tribu Tukano, diplômée d’un Master en Droits de l’Homme à l’université UnB et coordinatrice de la Radio Yandê, première radio web conçue à 100% par des indigènes du Brésil, ce discours n’est pas nouveau.

« Ce discours fait partie de ceux qu’on appelle d’intégrationniste, profondément raciste. Il démontre une profonde méconnaissance de la réalité des peuples indigènes, qui ont déjà bien intégré les technologies, ont accès à la santé, l’éducation, la communication et d’autres encore. Ce qui nous manque, ce sont surtout les recours financiers car personne ne baigne dans la richesse, alors que nous montrons que nous sommes bien capables de dialoguer avec les nouvelles technologies et les pratiques de la société occidentale », réagit cette dernière.

« Cette vision intégrationniste est également un fait historique de tout le processus colonial du Brésil. À maintes reprises, l’Etat Brésilien, depuis la période coloniale, a cherché à construire des discours prouvant que l’intégration de l’indien amènerait à sa totale disparition. Ces personnes sont tellement racistes qu’elles ne comprennent pas que les indigènes sont dans la contemporanéité, que la diversité culturelle, des pensées et des sciences, peuvent bien évidemment coexister, et cela au sein d’un même territoire national », affirme Daiara Figueroa.

Même si ce n’est pas une nouveauté, Daiara prétend que la plus grande peur vis-à-vis de ce nouveau gouvernement, c’est qu’il réalise ses déclarations.

« Pour la première fois, au Brésil, la population a peur que le président tienne ses promesses de campagne, vu que ces promesses concernent les peuples indigènes et l’Amazonie, d’autant plus que cette vision de vouloir tout faire pour l’agroalimentaire, y compris en mettant la vie de milliards de personnes et d’autres êtres vivants en danger, sont très négatives », continue-t-elle.

« Nous, les peuples indigènes, nous sommes dans une situation de survie, de résistance, de tempérance depuis plus de 500 ans, nous continuerons à construire cette résistance et à créer des dialogues nécessaires pour pouvoir assurer notre lignée », affirme l’indigène.

Pour l’historien, Antoine Acker, professeur de l’Université de Zurich, en Suisse, et auteur du livre « Volkswagen en Amazonie – La tragédie du développement global du Brésil moderne », Bolsonaro doit assouplir l’application des lois environnementales, affectant ainsi les indiens et les forêts.

« La constitution brésilienne oblige les législations à protéger la nature. C’est une obligation. Pourtant, c’est très difficile de détruire la législation environnementale existante, notamment parce qu’une partie a été créée et initiée pendant la dictature. Il existe une partie de l’armée qui est contre l’affaiblissement de la législation environnementale. Mais ce que Bolsonaro souhaite faire, d’après ce que je vois, c’est créer un climat de ralentissement de la structure qui permette l’application de cette législation environnementale », analyse l’historien.

Pour Acker, vouloir que ces populations se soumettent au mode de vie des grandes villes, c’est une forme de néocolonialisme.

« Tout d’abord, je vois cela comme une vision raciste, une vision coloniale dans laquelle les indiens doivent se soumettre à la vision des blancs, à la vision de la population que Bolsonaro appelle de civilisé. » La démarcation des terres indigènes, ce n’est pas une cage, ni une zone zoologique, c’est une victoire des peuples indigènes, qui se sont battus longuement pour les acquérir, et pour les protéger ; si cette garantie n’existe plus, cela va être très difficile pour les populations indigènes de perdurer au Brésil », lamente ce dernier.

Une vision que partage Gert-Peter Bruch, fondateur de l’ONG Planète Amazone et réalisateur du film « Terra Libre », sur les terres indigènes, que, si le nouveau gouvernement arrête la démarcation, ce sera une catastrophe :

« La conséquence sera catastrophique. Les gens savent très bien que la Constitution de 1988 implique que toutes les terres indigènes doivent être démarquées. Cela veut dire que c’est un droit constitutionnel qui est violé par le nouveau président de la République. Ainsi, les conséquences relatives à la démocratie, sont très négatives. En ce qui concerne le respect de l’environnement et de la protection du climat, c’est dramatique. Nous avons un président négationniste, et on ne peut pas le caractériser autrement », souligne Bruch.

« Tous les spécialistes disent la même chose, et je peux citer un spécialiste brésilien, Antonio Donato Nobre, climatologue extrêmement réputé dans le monde entier, qui alerte le monde sur le fait que nous avons déjà dépassé le point de non-retour de la déforestation de l’Amazonie. Nous savons très bien que les indigènes sont ceux qui la protègent le mieux de la déforestation et que la forêt est indispensable à la protection du climat. Ce qui est donc une catastrophe, évidemment, et c’est ce qui pourrait arriver de pire ; ce type de politique est terrifiant. C’est un génocide des générations futures qui est en cours, au-delà du génocide des peuples ; dans ce cas, un ethnocide. »

« Je viens de lire les dernières déclarations de Bolsonaro, qui prétend imposer son mode de vie aux indigènes, qui affirme, en tant que président, son désir de détruire complétement le mode de vie des indigènes et de les mouler à celui de la société blanche. Ça, c’est un ethnocide, donc un crime. Le comble, c’est qu’il compare les indigènes à des animaux, en disant qu’ils sont dans un parc zoologique ; j’appelle ça un scandale sans nom. Je suis extrêmement choqué par les déclarations du président élu du Brésil », déclare l’écologiste.

Bruch raconte qu’il n’est pas le seul à être choqué : « Il y a un « électrochoc », ici, en France depuis l’élection de Bolsonaro. Les gens nous contactent tous les jours, préoccupés, nous demandant ce qu’ils peuvent faire pour aider. »

Pour réponse, il recommande « beaucoup de mobilisation à l’échelle internationale », mais il prévoit déjà des ripostes : « Je suis sûr que Bolsonaro va faire une propagande, en souhaitant dire : « Regardez, les ONG étrangères veulent nous envahir ; s’approprier l’Amazonie ». On ne veut pas s’approprier l’Amazonie, ni le Brésil, mais on est préoccupés par le futur de nos enfants. C’est très inquiétant », conclue-t-il.

Selon la FUNAI, il existe aujourd’hui 11,3 hectares de terres indigènes en cours de démarcation, abritant 120 000 indigènes.■

– par Paloma Varón / traduction Cristiana Esteves Lima –



Mis a jour le 2024-04-15 09:50:03

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