Bolsonaro interdit les incendies pour 4 mois afin de “préserver” la forêt Amazonienne.


Le 14 juillet dernier, le très à droite président brésilien Jair Bolsonaro a interdit les incendies de forêts et agricoles, pour une durée de 120 jours. Ce n’est pourtant pas la tournure catastrophique que prend la gestion de la forêt amazonienne qui motive ce tour de passe-passe politique, loin s’en faut.


Un pompier combat un incendie de forêt sur la Terre Indigène des Porquinhos, dans l’État du Maragnan, “Terra Indígena Porquinhos, Maranhão” © Ibamagov (CC BY-SA 2.0)

Ce sont bien les intérêts propres du président et la monétisation, sur son territoire, du bien commun qu’est la forêt amazonienne qui motive en premier lieu la manœuvre.

Nous avons appris la semaine dernière la publication au Journal officiel brésilien d’un décret concernant une restriction sur les feux volontaires dans les zones forestières brésiliennes.

Alors que le président de la république fédérative est entré en fonction en janvier de l’année dernière, ses intentions envers la forêt amazonienne ont toujours été claires. Le président Jair Bolsonaro a toujours dénoncé les restrictions entravant son projet de « développement » de la région amazonienne qui compte au Brésil pour plus de 60 % de la plus grande forêt humide au monde. Il faut entendre ici un laisser-faire systématique sur la déforestation illégale au profit de l’agro-business et de l’élevage intensif du bétail, fer de lance de l’exportation brésilienne.

Réitérant la manœuvre qu’il avait mise en place en 2019 pour une durée dérisoire de 60 jours, c’est cette fois-ci une durée tout aussi dérisoire de 120 jours qui a été annoncée par décret. Alors que les feux ont déjà commencé à embraser la forêt et que la déforestation n’a cessé d’augmenter en 2020, le décret en question se révèle être une pure mascarade censée calmer l’attention internationale portée sur le géant sud-américain.

Le Brésil, qui a souffert d’une terrible récession l’année dernière, est en effet sous le coup de pressions internationales –et désormais nationales– de la part de sociétés d’investissements. Dans une lettre du 7 juillet, une douzaine de compagnies brésiliennes appelaient à agir contre la déforestation illégale, craignant pour la réputation du pays et des boycotts. Avant cela, le 23 juin c’était un groupe de plusieurs fonds d’investissement majoritairement européens qui envoyait aux ambassadeurs brésiliens de leur pays une lettre dénonçant l’ampleur des déforestations. Ces pressions font d’autant plus craindre au gouvernement un chiffre record de récession autour des 9 %, une chute jamais enregistrée dans l’histoire du pays.

Le président cherche ainsi à montrer son « implication » en faveur de l’environnement. Mais ses déclarations sur la crise sanitaire du coronavirus qui lui permettrait de profiter de la focalisation médiatique associée pour assouplir les règles de protection de l’Amazonie ne laissent aucun doute sur la poursuite de ses projets.

Nous y voyons ici une belle démonstration d’hypocrisie destinée à montrer la « bonne volonté » et « les efforts » du géant sud-américain, membre du Mercosul, pour faire pencher en sa faveur les actuelles négociations avec l’Union Européenne en vue de signer un accord de libre-échange ô combien important pour l’économie brésilienne.
Mais le décret qui n’interdit pas les feux considérés comme sains pour la vie végétale ou destinés à l’agriculture de subsistance des populations indigènes ne va certainement par réduire la projection de 3 069 km2 de forêt amazonienne perdue, une hausse de 25 % par rapport à l’année dernière sur la même période.


© Planète Amazone – avec la participation de Sophie Pires, Sarah Bonningue et Nicolas Casuccio. 



Mis a jour le 2020-07-25 17:35:48

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