ALSTOM : NON… à la participation de la France au saccage du cœur de la forêt amazonienne


ALSTOM, groupe industriel français, plus grand constructeur au monde de barrages hydroélectriques, participe au projet de barrage de Belo Monte (Amazonie brésilienne) en fournissant les turbines pour un contrat de 500 000 000 euros. Suite à une réponse qu’il a fourni à l’une de nos lectrices fidèles, nous interpellons aujourd’hui le PDG d’ALSTOM, Patrick Kron sur les responsabilités de son groupe.


Un slogan d'Alstom volontairement détourné pour mettre en contraste les contradictions de la firme

L’arrêt de la construction du barrage de Belo Monte sur le fleuve Xingu en Amazonie brésilienne est notre combat : il menace les ressources vivrières des peuples riverains et il se construit sans leur consultation et leur consentement, en violation des droits internationaux des peuples autochtones. ALSTOM, groupe industriel français, plus grand constructeur au monde de barrages hydroélectriques, participe à ce projet en fournissant les turbines pour un contrat de 500 000 000 euros. Suite à une réponse qu’il a fourni à l’une de nos lectrices fidèles, nous interpellons aujourd’hui le PDG d’ALSTOM, Patrick Kron sur les responsabilités de son groupe dans un projet qui est dénoncé par les Nations Unies, par la Commission interaméricaine des Droits de l’Homme, par la Cour suprême du Brésil et par le Tribunal fédéral d’Altamira. 

En effet, les violations commises sont en contradiction avec le code éthique d’Alstom, et de façon générale avec les valeurs que la France est censée défendre.

Le courrier qui suit est une réponse que nous faisons à Mr Kron, PDG d’ALSTOM, qui lui même répondait à Clémence Romain (voir ci-dessous pour la reproduction de ces courriers), militante de la première heure, signataire de la pétition et qui a participé à la forêt humaine que nous avons organisée le 27 septembre dernier.

 


 

Réponse de Planète Amazone à Mr Patrick Kron, PDG d’ALSTOM

Paris, le 28 novembre 2011

Monsieur Kron,

Notre mouvement “Planète Amazone” tient à s’associer à Mademoiselle Clémence Romain dans une réponse à votre courrier du 1er Novembre 2011.

Sachez que ni elle, ni nous, forts de 110 000 signatures contre Belo Monte à la pétition que nous avons lancée sur notre site raoni.com, ne nous trompons d’interlocuteur quand nous interpellons ALSTOM sur ses responsabilités dans l’ouvrage hydroélectrique de Belo Monte en Amazonie brésilienne.

En effet, vous n’êtes pas sans savoir que les conditions dans lesquelles cette construction a été validée par le gouvernement brésilien à travers l’Ibama font l’objet de vives critiques de la part d’institutions internationales mais aussi par la Cour suprême du Brésil et par la Cour fédérale d’Altamira. Pourquoi ? Parce que les populations allochtones et autochtones riveraines du fleuve Xingu n’ont pas toutes été consultées préalablement à l’autorisation de construire, mais aussi du fait des impacts environnementaux de la construction qui menacent les ressources vivrières de ces populations.

ALSTOM affirme, dans son code éthique, intégrer l’impact sur l’environnement dans les critères de ses décisions importantes.
ALSTOM, dans son code éthique, affirme aussi qu’il respecte les cultures des communautés avec lesquelles il interagit et prend en compte les attentes des différentes parties prenantes.
ALSTOM affirme enfin que sa réputation d’intégrité se construit sur le respect des lois, des réglementations et autres obligations en vigueur, quelque soit le pays où l’entreprise est établie. Votre groupe ajoute qu’il adhère aux principes directeurs de l’OCDE, à la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations unies et aux conventions de l’OIT.

Vous devez donc savoir que  la convention 169 de l’OIT stipule à l’article 2 que les gouvernements doivent assumer la responsabilité de développer des actions coordonnées, avec la participation des peuples autochtones, pour protéger les droits de ceux-ci et garantir le respect de leur intégrité.
Et aujourd’hui le Brésil est l’objet d’avertissements et de plaintes concernant la non-application de cette convention à laquelle il est lié.

Le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies par l’intermédiaire de James Anaya, rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones, a remis deux rapports en 2009 et 2010 au gouvernement de Dilma Rousseff à ce sujet.  Il y indique que, à la suite du décret 788 du 12 juillet 2005, où le congrès brésilien a approuvé la demande de la construction du barrage de Belo Monte, la FUNAI a entrepris une étude d’impacts sociaux et environnementaux des projets qui a indiqué un certain nombre d’impacts sérieux menaçant les terres autochtones dans la région d’Altamira, et qui sous-estime les impacts sociaux et les impacts sur l’environnement du barrage, ne prenant pas en considération toutes les communautés autochtones qui seraient affectées par sa construction.
Il y est également évoqué un manque de clarté par rapport à la réduction des impacts et aux mécanismes de compensation proposés par le FUNAI. Par exemple, il n’y a aucune indication au sujet des personnes d’Altamira, Vitória de Xingu et Brésil Novo dont les logements seraient inondés, et comment elles seraient relogées. Ni concernant les compensations financières proposées aux populations déplacées.
En outre, il y a des problèmes concernant les procédures de consultation et d’information publique menées. En septembre 2009, l’institut du Brésil de l’environnement a organisé quatre consultations publiques dans les zones urbaines. Cependant, les personnes qui vivent dans ces secteurs ne seront pas directement affectées par la construction du barrage. En plus, étant donné le coût et les difficultés de déplacement vers les zones urbaines, les autochtones n’ont pu participer aux réunions publiques et n’ont par conséquent pas été informés au sujet du projet. En outre, l’étude sur l’environnement conduite par rapport au barrage, qui a comporté 36 volumes et 20.000 pages, a été rendue publique seulement deux jours avant les rassemblements publics, rendant impossible le fait que des personnes soient entièrement mises au courant du projet très complexe et fortement technique.

Le 1er avril 2011, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a demandé au Brésil la suspension immédiate du processus d’appel d’offres de la construction de Belo Monte – dont ALSTOM est bénéficiaire – et que soit lancé des processus de consultation auprès des communautés autochtones en accord avec ses obligations internationales « comme celles exigées par la Constitution brésilienne, les accords internationaux tels que la Convention américaine des droits de l’homme, la convention 169 de l’Organisation internationale du travail et la déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones ».  Enfin la CIDH demande que ces processus soient “informatifs, de bonne foi, culturellement appropriés et qu’ils aient pour objectif d’arriver à un accord”.
Selon la CIDH, “la vie et l’intégrité” de ces peuples seraient “menacées par l’impact de la construction” de ce barrage.
En réponse « la présidente du Brésil, Mme Dilma Rousseff, a décidé de suspendre les relations de son gouvernement avec la CIDH » et ne s’est pas faite représentée lors de sa convocation à l’audience du 27 octobre dernier.  Lors de la 17ème session du Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies, il a été rapporté qu’ «avec l’établissement du permis d’installation, le Brésil se moque de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, qui est le défenseur principal des droits de l’homme des Amériques. Comment un pays peut-il défendre ses positions sur le renforcement des entités de consensus multilatéral sur les droits de l’homme, quand il les viole lui-même systématiquement, comme avec le cas de Belo Monte ?  ». «Tous les rapports ont affirmé que le projet de Belo Monte affecterait les vies d’au moins 24 peuples autochtones, causerait leur déplacement obligatoire et créerait une insécurité alimentaire et liée à l’eau qui mèneraient également à une augmentation des maladies. »

Au vu de ces violations flagrantes des droits humains et de leurs droits à un environnement viable, nous ne comprenons pas comment ALSTOM peut décemment accepter de collaborer avec  le gouvernement brésilien sans compromettre son intégrité et son éthique.


Réponse de Mr Patrick Kron, PDG d’ALSTOM, à Clémence Romain

Mademoiselle,

Merci pour votre message et les leçons de morale que vous y intégrez. Permettez-moi de vous suggérer, plutôt que de vous poser  en donneuses de leçons, de réfléchir aux quelques sujets suivants :

–       L’électricité est indispensable au développement économique et au progrès social. Si vous lisez ou écoutez le Premier Ministre indien, il vous expliquera que son peuple souffre terriblement du manque d’infrastructure mais que ce qui fait le plus défaut est l’accès à l’électricité. C’est vrai dans tous les pays en développement.

–       Hélas, il n’y a pas de solution sans défaut pour produire cette électricité : je ne doute pas que vous êtes hostile au nucléaire, que vous regrettez que le charbon contribue au réchauffement climatique, que l’accès au gaz pose des problèmes politiques dans certains pays en plus de l’émission de gaz à effet de serre, que vous préférez voir les éoliennes dans le jardin de votre voisin plutôt que dans le vôtre, que le prix du solaire est aujourd’hui extrêmement élevé et ne peut exister sans subvention massive alors que la population à besoin de courant à un prix abordable et que les États cherchent à combler leurs déficits. Quant à l’hydraulique, il soulève parfois des questions de déplacement d’habitants et d’impact sur faune et flore locales.

–       Le rôle des décideurs politiques est de faire les choix qu’ils jugent les meilleurs pour les citoyens (s’ils se trompent, ceux-ci ne les rééliront pas). Dans le cas du Brésil, ce n’est pas Alstom qui a choisi de construire un barrage à Belo Monte, c’est le gouvernement brésilien. Pour notre part, le choix une fois fait, nous proposons les équipements les plus adaptés pour produire l’électricité dans les meilleures conditions de sécurité, de protection de l’environnement et d’efficacité économique .

En conclusion, réfléchissez encore un peu avant de condamner et si vous condamnez, ne vous trompez pas d’interlocuteur.

Bien à vous.

Patrick Kron


Email de Clémence Romain à l’attention de la direction d’ALSTOM

Bonjour,

Je vous écris par rapport au projet Belo Monte du Brésil auquel vous vous êtes engagé financièrement et logistiquement. Vous avez sûrement déjà reçu des protestations sur ce projet qui se cache derrière les beaux mots « progrès et développement » pour simplement une histoire de profil immédiat (car vous n’êtes au final rien de plus que le PDG d’une société capitaliste).

Sur votre site internet, je vois que vous vous permettez de donner des conseils sur le développement durable alors que ce projet est totalement opposé à ce que proclamez. Il va détruire une immense partie de la forêt amazonienne et déporter des milliers d’indiens. Il est clair que ces peuples, qui vivent sans argent dans le respect de la nature et des autres, ne peuvent pas vous faire gagner quoi que ce soit, mais ayez au moins un minimum de respect pour la nature et l’être humain, ne commencez pas ce massacre. Leur culture est condamnée à disparaître car vivre dans une ville est contre leurs habitudes. De plus, ils risquent d’être contaminés par les maladies d’Occident auxquelles ils ne sont pas habitués. Vous n’avez pas le droit de saccager la nature et de mettre en danger ces Hommes juste pour une question d’argent alors que les énergies renouvelables existent. La forêt amazonienne est en plus une des zones les plus riches au niveau de la biodiversité dans le monde, cela va donc être aussi une catastrophe environnementale.

En espérant que vous comprendrez ce message et me donnerez au moins une réponse, je vous souhaite bonne réception.

Clémence ROMAIN

 



Mis a jour le 2020-12-15 15:50:59

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