Le soutien politique aux biocarburants est une contribution à l’écocide des forêts


Les associations Canopée et Rainforest Foundation Norvège ont publié un rapport soulignant l’impact des biocarburants sur la déforestation soulignant que les objectifs actuels d’utilisation de biocarburants conduisent à une augmentation massive de la demande en huile de palme et de soja à l’horizon 2030.


© Composer/Fotolia + Shebalso/Flickr – Montage: Rettet den Regenwald

Nous sommes tous à la traîne face à un désastre imminent ! Les associations Canopée et Rainforest Foundation Norvège ont publié un rapport soulignant l’impact des biocarburants sur la déforestation et analysant les conséquences des politiques de soutien aux biocarburants sur la demande mondiale en huiles de palme et de soja : « Les objectifs actuels d’utilisation de biocarburants conduisent à une augmentation massive de la demande en huile de palme et de soja à l’horizon 2030 ».

Déjà, depuis 2015, 90% de l’augmentation de la demande en huile végétale est liée aux biocarburants ! Et, d’ici 2030, c’est le secteur de l’aviation qui deviendrait le premier utilisateur de ces agrocarburants d’après les ONG. Mais cela révèle un véritable désastre : leur augmentation, sur le plan international, se traduirait par la destruction de 7 millions d’hectares de forêts et les émissions de gaz à effet de serre associées (plus de 11 milliards de tonnes équivalent CO2) seraient supérieures aux émissions annuelles de la Chine, expliquent les deux ONG.

« Remplacer les énergies fossiles par des biocarburants est sans doute l’une des pires idées pour lutter contre les changements climatiques : comme le montre ce rapport, l’effet est inverse à cause de la déforestation induite », explique Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour l’association Canopée et porte-parole des Amis de la Terre France.

A l’échelle mondiale, c’est l’Indonésie qui est le premier producteur d’huile de palme mais aussi le premier consommateur des biocarburants. La consommation d’huile de soja est quant à elle en augmentation sur le continent américain alors que l’Europe se détourne très lentement de l’utilisation de ces produits dans la production de biocarburants, avec la suppression du soutien à la consommation de l’huile de palme dans l’UE prévue pour… 2030 !

De plus, des avantages fiscaux sont maintenus, notamment pour les distillats d’acides gras de palme (PFAD) qui sont, par exemple, utilisés par Total dans sa raffinerie de La Mède. C’est pour cela qu’une plainte a été déposée, notamment par Greenpeace, contre Total et cette raffinerie car, comme on le sait, la production d’huile de palme est l’une des principales causes de déforestation en Asie du Sud-Est : la monoculture du palmier à huile contribue à la perte de biodiversité, à la destruction de milieux naturels et à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre par la déforestation induite.

Le gros risque avec ce type d’avantages est d’ouvrir la voie à une utilisation massive de ces biocarburants dans les transports routiers et aériens. Et Sylvain Angerand nous avertit : « Si les compagnies aériennes se lancent dans l’utilisation de biocarburants avec le soutien du Gouvernement, l’impact sur les forêts et le climat sera désastreux ».

  • par Adèle Moriceau



Mis a jour le 2020-07-25 17:35:48

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