LE CACIQUE RAONI PRIX NOBEL DE LA PAIX, un long chemin pour une évidence


Le 11 octobre 2019, le monde entier saura si le nouveau Prix Nobel de la Paix est bien l’un des favoris des pronostiqueurs et nous saurons donc si le cacique Raoni Metuktire, que nous accompagnons depuis de longues années, a été choisi parmi le Premier Ministre Éthiopien Abiy Ahmed, la Première ministre Néo-zélandaise Jacinda Ardern et surtout Greta Thunberg.


Le 11 octobre 2019, le monde entier saura si le nouveau Prix Nobel de la Paix est bien l’un des favoris des pronostiqueurs et nous saurons donc si le cacique Raoni Metuktire, que nous accompagnons depuis de longues années, a été choisi parmi le Premier Ministre Éthiopien Abiy Ahmed, la Première ministre Néo-zélandaise Jacinda Ardern et surtout Greta Thunberg.

Ce serait pour nous une reconnaissance amplement méritée et une joie personnelle. En effet, dès 2012, Planète Amazone a plaidé auprès de personnalités pour soutenir une candidature du cacique Raoni au Prix Nobel de la Paix. Le premier à en faire l’écho publiquement suite à notre lobby fut Nicolas Hulot. Une candidature devait être déposée dans la foulée, l’ancien président français Jacques Chirac avait accepté le principe de la soutenir. Finalement, son état de santé devait nous obliger à trouver un autre appui. En janvier 2014, ce fut le sénateur Joël Labbé qui déposa le premier dossier officiel de candidature du cacique Raoni au Nobel de la Paix. Trop tôt, sans doute…

Depuis, plusieurs événements ont sans doute légitimé encore davantage la candidature du cacique Raoni : son initiation auprès de Planète Amazone à la COP21 de l’Alliance des Gardiens de Mère Nature, mouvement international pour la paix, la protection du vivant et des générations futures, la reprise à la hausse de la déforestation et surtout l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, dénoncé par les indigènes comme une apocalypse. Ajoutez à cela l’augmentation effrayante des feux de forêts à l’été 2019, la récente joute au moment du G7 de Biarritz entre Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro et les attaques de ce dernier à l’encontre du cacique Raoni pendant le discours d’ouverture de l’Assemblée Générale de l’ONU, le 23 septembre dernier,  il est alors aisé de comprendre que les planètes sont alignées pour que le combat du chef amazonien en faveur de la forêt et de ses peuples, mené avec la même consistance pendant plus de cinq décennies, soit enfin célébré par le comité du célèbre prix.

Qu’il soit élu le 11 octobre 2019 ou pas n’a pas d’importance. Une candidature pour l’édition 2020 a déjà été déposée et largement médiatisée par la Fondation Brésilienne Darcy Ribeiro et surtout, l’idée à fait son chemin. Le combat de Raoni, qui approche à grand pas de ses 90 ans, laissera sa trace et pourra inspirer les jeunes générations. C’est que nous souhaitions et c’est ce pourquoi Planète Amazone s’est longtemps battu.



L'empreinte de planète amazone


Texte du plaidoyer  accompagnant la candidature 2014 du cacique Raoni Metuktire au Prix Nobel de la Paix

Rédaction : Planète Amazone

Le Cacique Raoni Metuktire est depuis près de 50 ans un infatigable ambassadeur de la protection de la forêt amazonienne et des peuples qu’elle abrite. Depuis 1989 et un voyage planétaire mémorable visant à rencontrer et sensibiliser le grand public, les médias et des personnalités de haut niveau, il est un symbole internationalement reconnu de la lutte des peuples autochtones pour la reconnaissance et la préservation de leurs terres et pour un modèle de développement sans déforestation, celle-ci étant l’un des plus grands fléaux environnementaux de ces quarante dernières années.

Né au cœur d’une forêt inexplorée au Brésil, au début des années 1930, le Cacique Raoni fut pendant ses jeunes années l’une des figures les plus imposantes d’un peuple de guerriers farouches, les kayapo. Retranchés dans la forêt après l’arrivée des portugais, ils étaient parvenus à interdire pendant des siècles l’entrée de leur territoire en massacrant systématiquement les intrus, prenant soin de laisser un survivant à chaque tentative de les approcher, afin d’entretenir leur terrible légende. Le Cacique Raoni fut un grand guerrier. Il participa à toutes les attaques de son peuple contre leurs ennemis traditionnels, puis contre les envahisseurs blancs.

Puis, son peuple, mu par la curiosité, finit par accepter un premier contact avec des blancs, après que ceux-ci aient déjà approché des peuples voisins. Le Cacique Raoni était présent sur les berges des chutes Von Martius en ce jour de l’année 1953 qui vit la première venue sur leurs terres des frères Villas-Boãs, célèbres indigénistes brésiliens, lauréats de nombreux prix à travers le monde pour leur œuvre en faveur de la forêt amazonienne et des peuples y vivant (Claudio et Orlando Villas-Boãs furent nominés au Prix Nobel de la paix dans les années 1970). Sous l’influence de ces hommes d’exception, du Maréchal Rondon, pionnier de l’indigénisme et gloire nationale au Brésil qu’il rencontra par leur intermédiaire à la fin de sa longue vie, et de son père qui voyait en lui le futur guide de son peuple, Raoni Metuktire emprunta très tôt la voix de la paix et de la conciliation. Il apprit la langue des blancs, le portugais, afin de pouvoir être celui qui assurerait le lien entre les deux mondes, qui désormais devraient apprendre à cohabiter. Il remplit parfaitement ce rôle et ne cessa jamais d’aller à la rencontre des autres, de s’enrichir des contacts avec les occidentaux, et d’éviter les conflits sanglants avec ceux d’entre eux qui lorgnaient sur sa terre. Beaucoup de vies humaines, d’un côté comme de l’autre, furent épargnées grâce à son influence.

Le Cacique Raoni était né guerrier, il le resta. Il eut cependant la clairvoyance de déposer l’arme militaire (massue, lance, puis fusil) qui détruit la vie pour s’emparer, très tôt, de l’arme médiatique, qu’il utilisa pour la préserver. Il sut convaincre les siens de suivre son chemin, alors que d’autres appelaient au massacre. Son apparence impressionnait. Il se servit donc de l’image comme d’une force, dès la venue des premiers documentaristes dans les territoires de son peuple. Il fut dans les années 1970 le sujet d’un film que Marlon Brando accepta de narrer dans sa version anglaise.

A ce moment déjà, celui qui était devenu un grand chef, voyageait Inlassablement dans la région du Xingu (Etats du Mato Grosso et du Para), pour tirer un trait définitif sur les anciens antagonismes et unifier les peuples indigènes brésiliens dans une lutte pacifique pour faire valoir leurs droits et préserver la nature. Il sut convaincre au-delà de ses pairs indigènes et arracha ainsi au gouvernement de son pays la démarcation de la plupart des territoires Kayapo. La plus grande partie en fut protégée grâce à la médiatisation entraînée par le ralliement du chanteur Sting à sa cause, à la fin des années 1980. Ensemble, ils entreprirent un tour du monde. Le Cacique Raoni put convaincre le président français François Mitterrand de la nécessité d’aider le Brésil à financer la démarcation des territoires indigènes en Amazonie. Sous cette impulsion, fut lancée lors du sommet de la Terre de Rio 1992, le PPG7, le programme de préservation environnemental et culturel le plus ambitieux de tous. Celui-ci permis, avec l’appui des pays du G7 et de la Banque Mondiale, la démarcation d’un grand nombre de terres indigènes au Brésil.

A l’échelle locale, la pression médiatique exercée depuis l’extérieur et les fonds levés lors du tour du monde du Cacique Raoni permirent d’obtenir de la part du gouvernement brésilien la reconnaissance de la majeure partie des territoires traditionnels de son peuple. La réserve Kayapo fut validée par un décret du président Itamar Franco en 1994. Elle permit la réunion d’autres réserves et du Parc Indigène du Xingu (ancien Parc National du Xingu) et la constitution de la plus grande zone protégée de forêt primaire au monde (182 000 km2, soit environ un tiers de la superficie de la France).

25 ans plus tard, cette victoire peut certes apparaître insuffisante, voire dérisoire, alors que la déforestation sévit plus que jamais et que le Brésil a lancé un plan énergétique démesuré basé sur l’implantation de dizaines de barrages hydroélectriques gigantesques au cœur de zones préservées, mais sans elle, il est fort probable qu’il n’y aurait déjà plus grand-chose à protéger. Sans elle, il est probable que le monde n’aurait pas autant conscience de la nécessité de préserver les dernières forêts tropicales de la planète. Sans l’engagement continu du Cacique Raoni, il est fort probable enfin que la mobilisation internationale visant à sauver les fleuves amazoniens, véritables veines irriguant et nourrissant la forêt, n’aurait pas fait long feu. Actuellement en cours de réalisation dans le bassin du fleuve Xingu, le barrage de Belo Monte, dont il parvint avec le soutien d’autres leaders de son peuple, à faire annuler la première mouture en 1989, est devenu en ce début de vingt et unième siècle un enjeu planétaire. C’est le contre-symbole d’un prétendu progrès qui entraîne selon lui l’humanité sur la pente glissante d’un productivisme suicidaire. Pour rester compétitif, on n’hésite plus à hypothéquer le futur en annihilant la nature, source même de notre existence, et piétinant les droits des individus et des communautés les plus fragiles, alors qu’il existe des alternatives de développement responsables et respectueuses, comme le rappelle souvent le Cacique Raoni dans sa propre vision du progrès humain.

Le Cacique Raoni aura passé les vingt-cinq dernières années à voyager dans le monde pour continuer à convaincre et à unir. De l’ONU au parlement européen en passant par les autorités françaises (liens diplomatiques avec les quatre derniers présidents français), européennes, japonaises, canadiennes, son discours n’a jamais changé. Dans son sillage des leaders indigènes prometteurs ont émergé. Tout comme lui, Ils utilisent la diplomatie, le plaidoyer et l’arme médiatique dans leurs âpres batailles pour la reconnaissance et la préservation des territoires qu’ils occupent et le respect de droits acquis de haute lutte et inscrits dans la constitution du Brésil depuis 1988. Tout comme lui, ils prônent la paix, l’unité et le droit à la particularité culturelle, dans le respect mutuel au-delà de la différence.

Le Cacique Raoni souhaite, au seuil de sa vie, parachever son œuvre de rassemblement et d’éveil des consciences. Il lancera courant 2014 un grand projet d’union des peuples autochtones luttant sur tous les continents pour la préservation des derniers sanctuaires naturels préservés de la planète et un appel à tous les Etat à les soutenir et à faciliter la possibilité que ces espaces soient reconnus par l’UNESCO comme réservoirs de biodiversité. Pour promouvoir ce projet, le Cacique Raoni souhaite effectuer un ultime tour du monde, un quart de siècle après le premier, en amont de la conférence de l’ONU sur les peuples autochtones (New York, septembre 2014). Il souhaite, son œuvre achevée, que celle-ci puisse inspirer les futures générations des peuples du monde entier à travailler ensemble pour s’élever dans le respect total de l’homme et de la nature.


Mis a jour le 2019-09-27 17:56:31

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