Projet minier Belo Sun : après Belo Monte, le cœur de l’Amazonie menacé d’une seconde vague d’écocide


Pour Planète Amazone, le projet minier Volta Grande, porté par la compagnie canadienne Belo Sun Mining dans la Volta Grande du Xingu (Grande Boucle du fleuve Xingu), constitue une ligne rouge. Notre association est née dans le prolongement direct de la mobilisation contre le barrage hydroélectrique de Belo Monte, combat mené aux côtés du Cacique Raoni Metuktire et des peuples du Xingu.

Certes, la mobilisation internationale n’est pas parvenue à empêcher cette superstructure, mais elle a au moins permis que d’autres projets équivalents soient abandonnés. Aujourd’hui, le spectre de Belo Monte revient nous hanter : ce territoire amazonien emblématique très fragilisé s’apprête à faire face à un second choc : après l’eau confisquée, la déforestation, la perte de biodiversité et de ressources vivrières, voici venu le risque toxique d’une mine d’or industrielle.

Déjà engagée contre le projet Montagne d’or de triste mémoire en Guyane, Planète Amazone appelle à une remobilisation internationale aux côtés des peuples indigènes, des ribeirinhos, communautés riveraines traditionnelles, et de tous ceux qui défendent le Xingu.

Déjà gravement impactée par le barrage de Belo Monte, la Grande Boucle du Xingu (État du Pará – Amazonie brésilienne) est de nouveau menacée. Dénoncé depuis près de quinze ans, le gigantesque projet de mine d’or de la compagnie canadienne Belo Sun Mining vient d’obtenir l’autorisation de défricher près de 600 hectares de forêt tropicale. Planète Amazone appelle la communauté internationale, les citoyens et la société civile à réagir au plus vite pour empêcher un nouvel écocide.


© Todd Southgate

La Grande Boucle du Xingu n’est pas un simple site convoité par l’industrie minière. Située dans l’État du Pará, au nord du Brésil, au cœur de l’Amazonie, cette portion du fleuve Xingu, appelée en portugais Volta Grande do Xingu, formait avant le barrage hydroélectrique de Belo Monte l’un des écosystèmes fluviaux les plus singuliers du pays. Rapides, îles, forêts, zones de pêche, cycles d’eau complexes : tout y dépendait du rythme naturel du fleuve. Ce rythme structurait la biodiversité locale, l’alimentation, la navigation, les pratiques culturelles et les modes de vie des peuples indigènes, des ribeirinhos, communautés riveraines traditionnelles, et d’autres populations locales.

Carte en français localisant Belo Monte, le projet Belo Sun, Altamira, le réservoir, le barrage de Pimental et les terres indigènes de Paquiçamba et Arara da Volta Grande.
La zone impactée de la Volta Grande et du fleuve Xingu, en aval du complexe du barrage de Belo Monte, montre la proximité entre le projet Belo Sun, le tronçon à débit réduit du Xingu et les terres indigènes concernées. – © Instituto Socioambiental

Le barrage hydroélectrique de Belo Monte a déjà profondément rompu cet équilibre. En détournant une part majeure du débit naturel du Xingu vers ses turbines, cette infrastructure géante a privé la Grande Boucle d’une partie essentielle de son eau. Les crues n’y jouent plus le même rôle écologique. Les poissons se reproduisent plus difficilement. Les ressources vivrières reculent. Les communautés dénoncent depuis des années une crise alimentaire, une navigation dégradée, des déplacements, des réparations incomplètes et une perte de repères culturels liée à la transformation brutale de leur territoire.

Vue aérienne du complexe hydroélectrique de Belo Monte, avec le barrage, les retenues d’eau, les routes et les zones défrichées alentour.
Le barrage de Belo Monte a déjà profondément transformé le Xingu. Les opposants à Belo Sun dénoncent un nouveau choc industriel dans un territoire déjà fragilisé. – © contributor_aerial – stock.adobe.com / licence standard Adobe Stock

 

Une mine d’or industrielle dans une région fragilisée

C’est dans cette région déjà fragilisée que la compagnie canadienne Belo Sun Mining veut implanter le projet minier Volta Grande, régulièrement décrit par ses opposants comme l’un des plus grands projets de mine d’or à ciel ouvert du Brésil. Le nom du projet reprend celui de la région en portugais, mais il désigne ici une infrastructure extractive d’une tout autre nature : deux fosses minières, une usine de traitement du minerai, des piles de stériles, c’est-à-dire des amas de roches extraites sans valeur exploitable, des routes, des installations industrielles, l’usage de cyanure pour séparer l’or du minerai et un dispositif de stockage des résidus miniers, autrement dit les déchets issus du traitement du minerai.

Dénoncé depuis près de quinze ans par des peuples du Xingu, des mouvements locaux, des ONG et des médias d’investigation, ce projet n’est donc pas une menace nouvelle. Il prolonge, sous une forme minière, la crise territoriale ouverte par Belo Monte.

Les chiffres disponibles donnent la mesure du choc envisagé : le projet prévoit de remuer environ 620 millions de tonnes de terre dans la Grande Boucle du Xingu (plus que la masse du Pain de Sucre de Rio de Janeiro). Il comprend aussi un dispositif destiné à stocker environ 35 millions de mètres cubes de résidus miniers. Dans une région déjà amputée d’une partie de son débit par Belo Monte, le projet Volta Grande ne serait donc pas une pression supplémentaire parmi d’autres. Il ajouterait une nouvelle couche de risques : déforestation, excavation massive, fragmentation du territoire, circulation d’engins lourds, tensions foncières, exposition au cyanure, aux métaux lourds et aux résidus miniers, avec des conséquences potentielles sur l’eau, la santé, la biodiversité et les conditions de vie des communautés.

 

Une autorisation de défrichement contestée

En avril 2026, le projet a franchi une étape critique. Le secrétariat à l’Environnement et au Développement durable de l’État du Pará, la SEMAS, a accordé à Belo Sun Mining une autorisation dite de “suppression de végétation” portant sur près de 600 hectares. Derrière cette formule administrative, il s’agit concrètement d’une autorisation de défricher une vaste zone de forêt amazonienne liée à la préparation du projet. La mine n’est pas encore en exploitation, mais une étape potentiellement irréversible pourrait déjà commencer par la coupe de la forêt.

Cette décision est contestée par des agences fédérales, des procureurs et des organisations de défense des peuples indigènes et de l’environnement. Le Xingu relève de l’Union fédérale brésilienne, et les droits des peuples indigènes relèvent eux aussi de compétences fédérales. Pour cette raison, les opposants contestent qu’un projet situé sur ce fleuve, proche de territoires indigènes et cumulant ses effets avec ceux de Belo Monte, soit traité principalement par l’autorité environnementale de l’État du Pará. Le désaccord ne porte donc pas seulement sur une autorisation technique : il concerne la compétence même de l’autorité chargée d’autoriser le projet, la qualité des études, la prise en compte des impacts cumulés et le respect des droits des communautés concernées.

L’autorisation de défricher près de 600 hectares ne règle aucune des controverses de fond. Elle intervient alors que plusieurs points essentiels restent contestés : la validité des consultations, l’étude de la composante indigène, les impacts cumulés entre Belo Monte et le projet Volta Grande, la gestion des résidus miniers, la sécurité hydrologique, l’accès à l’eau pour les activités minières et les garanties réelles en cas d’accident.

Dans un pays marqué par deux catastrophes minières majeures, ces questions ne peuvent pas être traitées comme de simples détails techniques. En 2015, la rupture du barrage de résidus de Fundão, exploité par Samarco près de Mariana, dans l’État du Minas Gerais, a provoqué la catastrophe de Mariana / Rio Doce : 19 personnes ont été tuées, des villages ont été détruits, et une vague de boues minières a parcouru plusieurs centaines de kilomètres jusqu’à l’océan Atlantique, dévastant des écosystèmes et bouleversant les conditions de vie de milliers d’habitants. Quatre ans plus tard, en 2019, l’effondrement du barrage de résidus de Vale à Brumadinho, dans le même État, a causé la mort de 272 personnes et libéré des millions de mètres cubes de rejets miniers dans le bassin du Paraopeba.

Dans la Grande Boucle du Xingu, une catastrophe de ce type aurait une portée difficilement imaginable. Le projet Volta Grande prévoit lui aussi le stockage massif de résidus miniers dans une région amazonienne déjà asséchée par Belo Monte, au contact d’un fleuve dont dépendent les peuples indigènes, les ribeirinhos, la pêche, l’alimentation et une biodiversité exceptionnelle. Selon les données reprises par SUMAÚMA, le dispositif de résidus prévu pour Belo Sun Mining atteindrait environ 35 millions de mètres cubes, soit près de trois fois le volume associé à Brumadinho.

Les opposants au projet ne redoutent donc pas seulement un chantier destructeur, mais la possibilité d’un accident minier en pleine Amazonie, dans un territoire où la moindre contamination de l’eau pourrait produire des effets en chaîne sur les humains, les poissons, les sols, les forêts et l’ensemble du vivant.

Le danger tient aussi à la mécanique institutionnelle du dossier : une décision judiciaire, puis une licence réactivée, puis une autorisation de défrichement. Le projet avance par étapes, dans une zone de contestation persistante, alors même que certains effets pourraient devenir rapidement irréversibles.

 

La question vitale du débit du Xingu

Au cœur du dossier Belo Sun se trouve une question déjà centrale depuis Belo Monte : l’eau. Dans la Grande Boucle du Xingu, le fleuve ne suit plus librement son rythme naturel. Son débit est désormais encadré par un hydrogramme, c’est-à-dire un régime artificiel qui fixe la quantité d’eau laissée à ce tronçon après le détournement opéré par le barrage hydroélectrique. Pour les peuples indigènes et les communautés riveraines, cette question n’a rien d’abstrait : elle conditionne la pêche, l’alimentation, la navigation, les cycles de reproduction des poissons, les pratiques culturelles et la survie même de l’écosystème.

C’est précisément sur ce territoire déjà soumis à un débit réduit que Belo Sun Mining affirme pouvoir développer une mine d’or industrielle sans prélever directement l’eau du Xingu. La compagnie présente le projet Volta Grande comme une opération moderne, encadrée, génératrice d’emplois et compatible avec le développement régional. Elle met en avant le respect des normes applicables, la sécurité de son dispositif de résidus, l’encadrement de l’usage du cyanure et la maîtrise technique de ses installations.

Les opposants ne contestent pas seulement une affirmation isolée de la compagnie. Ils contestent l’ensemble du raisonnement. Pour eux, le problème n’est pas uniquement de savoir si la mine pomperait ou non l’eau du fleuve. Il faut regarder le système dans sa totalité : un fleuve déjà affaibli, des nappes et eaux de surface potentiellement affectées, des résidus miniers à stocker, des métaux lourds, des risques d’accident, des routes, des défrichements, une pression foncière accrue et des communautés déjà fragilisées par Belo Monte.

La question devient alors beaucoup plus simple, et beaucoup plus grave : la Grande Boucle du Xingu peut-elle supporter un second choc industriel alors que le premier n’a jamais été réparé ? Pour les peuples mobilisés, les mouvements locaux et les organisations engagées contre le projet, la réponse est non. Une mine d’or à ciel ouvert ne viendrait pas s’ajouter à un territoire intact, mais à un territoire dont l’équilibre hydrologique, écologique et social a déjà été profondément rompu.

 

Une procédure toujours contestée par les peuples du Xingu

Le 14 février 2026, Belo Sun Mining a annoncé une décision favorable pour son projet minier Volta Grande. La veille, le Tribunal régional fédéral de la 1re région, le TRF-1, juridiction fédérale brésilienne, avait accepté un recours de la compagnie et suspendu une décision antérieure qui maintenait sa licence d’installation à l’arrêt depuis 2017. En clair, cette décision ne signifie pas que la mine est déjà en exploitation, mais elle rouvre la possibilité pour Belo Sun Mining de reprendre les travaux préparatoires et les activités d’installation du projet.

Cette nuance est essentielle. Une licence d’installation est une étape administrative qui permet d’engager la mise en place physique d’un projet, comme des travaux, des infrastructures et des installations préalables. Elle ne correspond pas encore à l’exploitation commerciale de la mine. Mais dans un territoire déjà fragilisé, elle peut suffire à faire basculer le dossier dans une phase beaucoup plus concrète, avec des effets difficiles à inverser sur le terrain.

Belo Sun Mining présente cette décision comme une validation de son processus. Dans sa communication aux investisseurs, la compagnie affirme avoir respecté les conditions fixées par la justice, notamment sur l’étude de la composante indigène et sur la consultation des communautés concernées. Les opposants au projet contestent précisément cette lecture. Pour eux, la décision judiciaire ne clôt pas le débat : elle ravive au contraire les inquiétudes sur la manière dont le consentement des communautés a été recherché, documenté et présenté.

Le Ministère public fédéral brésilien a contesté la décision, en pointant notamment les lacunes de l’étude de la composante indigène et l’absence de consultations valides avec toutes les communautés menacées. Ce désaccord dépasse donc largement une querelle administrative. Il porte sur un principe fondamental : les peuples et communautés concernés ont-ils été informés, consultés et réellement entendus avant qu’un projet susceptible de transformer leur territoire ne soit autorisé à avancer ?

À cette contestation juridique s’ajoute une plainte formelle déposée par l’AIKOJUPA, Associação Indígena Korina Juruna da Aldeia Pakissamba, liée à la Terre indigène Paquiçamba. L’association dénonce des conduites graves et irrégulières attribuées à Belo Sun Mining, notamment l’organisation de réunions restreintes avec des responsables indigènes, en dehors des procédures officielles de consultation et de contrôle institutionnel. Ces accusations renforcent l’un des points les plus sensibles du dossier : le projet Volta Grande ne se joue pas seulement dans les tribunaux, mais aussi dans le rapport de force entre une compagnie minière et des communautés déjà fragilisées par Belo Monte.

Le rapport Mina de Sangue (Mine de sang), publié le 29 juin 2023 par l’Articulation des peuples indigènes du Brésil, l’APIB, inscrit le projet Volta Grande dans une chaîne plus large de risques pour les droits des peuples indigènes et l’environnement. Il alerte notamment sur les risques de déterritorialisation, de violation du droit à la consultation, d’atteinte à la souveraineté alimentaire et d’aggravation de l’urgence climatique. Ce rapport rappelle que le projet minier n’est pas seulement un enjeu environnemental : il touche aux droits territoriaux, à la justice climatique et à la survie culturelle des peuples du Xingu.

Couverture du rapport Mina de Sangue de l’APIB, montrant une excavatrice au-dessus d’une fosse rouge sang.
Visuel de couverture du rapport Mina de Sangue, publié par l’APIB, qui alerte sur les risques du projet Belo Sun pour les peuples indigènes, les communautés traditionnelles et l’environnement. – © APIB

Depuis février 2026, la mobilisation indigène s’est encore intensifiée. Le Mouvement des femmes indigènes du Moyen Xingu, le MMIMX, a joué un rôle central dans l’occupation du siège régional de la Fondation nationale des peuples indigènes du Brésil, la FUNAI, à Altamira, afin d’exiger la suspension de la licence accordée à Belo Sun Mining. Cette mobilisation rassemble notamment des représentants Juruna/Yudjá, Xikrin, Xipaya, Arara, Kayapó, Parakanã et Kuruaya, dans un mouvement plus large de défense du Xingu.

Cette mobilisation déplace le centre de gravité du dossier. Elle rappelle qu’une licence d’installation ne peut pas être traitée comme un simple feu vert administratif lorsque la consultation des communautés reste contestée et que le territoire concerné porte déjà les impacts de Belo Monte. Pour les peuples du Xingu, l’enjeu est désormais aussi politique que juridique : empêcher qu’un projet de cette ampleur avance sur la base d’un consentement fragmenté, contesté ou obtenu dans un rapport de force profondément déséquilibré

 

Agir pour protéger le fleuve Xingu ne devrait pas faire de ses défenseurs des criminels

La contestation du projet Volta Grande ne se joue pas seulement dans les études d’impact, les tribunaux ou les débats sur l’autorisation environnementale. Elle s’accompagne aussi d’une pression judiciaire directe contre celles et ceux qui défendent la Grande Boucle du Xingu. En octobre 2023, Belo Sun Mineração Ltda., filiale brésilienne de la compagnie canadienne Belo Sun Mining, a engagé une action pénale visant plus de quarante personnes, parmi lesquelles des représentants communautaires, des agriculteurs familiaux, des chercheurs, des défenseurs des droits humains et des membres d’organisations brésiliennes et internationales.

Cette stratégie s’inscrit dans la logique tristement célèbre des procédures-bâillons, également appelées SLAPP, pour Strategic Lawsuits Against Public Participation. Le principe est simple : utiliser la justice, ou la menace d’une procédure, pour intimider, épuiser financièrement, isoler politiquement ou réduire au silence des personnes engagées dans un débat d’intérêt public. Ces procédures visent souvent des journalistes, des chercheurs, des ONG, des communautés locales ou des défenseurs de l’environnement dont la parole dérange des intérêts économiques puissants.

Dans le cas de Belo Sun Mining, plusieurs organisations dénoncent une tentative de criminalisation des défenseurs du Xingu. L’action pénale engagée par la filiale brésilienne de la compagnie vise notamment des petits agriculteurs installés dans le Projet d’assentamento Ressaca, le PA Ressaca, un territoire lié à la réforme agraire et à la production alimentaire locale. Des parcelles de cette zone auraient été cédées à Belo Sun dans des conditions contestées, alors même que des familles locales revendiquent leur droit à y vivre, cultiver et circuler.

Le glissement est lourd de sens. Des habitants, militants, chercheurs et organisations qui alertent sur les risques d’un projet minier se retrouvent visés par une procédure pénale, tandis que la compagnie présente sa propre présence comme légitime et nécessaire au développement régional. Le débat se déplace alors du fond du dossier vers la mise en cause de ceux qui le contestent. Ce mécanisme est dangereux : il transforme la défense d’un fleuve, d’un territoire et de communautés locales en problème d’ordre public.

Ce type de stratégie prend aujourd’hui une dimension internationale inquiétante. Le précédent récent de Greenpeace, condamné aux États-Unis à verser des centaines de millions de dollars à Energy Transfer après les mobilisations contre le Dakota Access Pipeline, montre jusqu’où peuvent aller ces procédures lorsqu’elles visent des organisations environnementales. Même si les contextes juridiques sont différents, l’effet recherché peut être comparable : faire peser sur la société civile un risque financier et judiciaire si élevé qu’il décourage la contestation publique.

Pour Planète Amazone, cet élément est central. Dans une région déjà profondément atteinte par Belo Monte, celles et ceux qui documentent, alertent et défendent les droits des communautés ne devraient jamais être traités comme des adversaires à neutraliser. Ils sont souvent les premiers à faire remonter les impacts concrets, à rappeler les droits oubliés et à empêcher que les décisions techniques effacent les réalités humaines.

Autour de Belo Sun Mining, les opposants dénoncent donc une double pression : d’un côté, les risques environnementaux, hydrologiques, sanitaires et sociaux de la mine ; de l’autre, les pressions judiciaires, économiques et politiques qui pèsent sur les défenseurs du territoire. C’est l’un des enjeux majeurs du dossier : empêcher que la protection du Xingu soit assimilée à un refus du développement, alors qu’elle relève d’une exigence démocratique, écologique et humaine.

 

Après le méga barrage, une mine XXL et un risque d’écocide en mode tsunami

Pour Planète Amazone, Belo Monte n’est pas seulement le nom d’un barrage hydroélectrique controversé. Il est devenu le symbole d’un modèle de décision qui impose une infrastructure géante à un territoire vivant, puis laisse les communautés en affronter les conséquences pendant des décennies. La Grande Boucle du Xingu porte déjà cette histoire : un fleuve transformé, des cycles écologiques rompus, des ressources vivrières fragilisées, des droits relégués derrière les impératifs industriels.

Le projet Volta Grande ferait franchir un nouveau seuil. Il ne remplacerait pas Belo Monte : il viendrait s’y ajouter. Après le détournement du fleuve, une mégamine d’or à ciel ouvert. Après la chute du débit, l’excavation massive. Après la perte de ressources vivrières, les risques liés au cyanure, aux métaux lourds et aux résidus miniers. C’est cette superposition de chocs, dans un même territoire déjà atteint, qui donne au dossier sa gravité exceptionnelle.

À ce stade, parler d’écocide ne relève pas d’une formule spectaculaire. Il s’agit de nommer une dynamique cumulative de destruction : non pas un incident isolé, mais l’addition de décisions industrielles capables d’affaiblir durablement un fleuve, ses écosystèmes, ses peuples et les conditions mêmes de la vie dans l’une des régions les plus sensibles de l’Amazonie brésilienne.

Ce qui se joue dans la Grande Boucle du Xingu dépasse largement le sort d’un permis minier. Ce territoire concentre aujourd’hui les contradictions les plus brutales d’un modèle qui prétend protéger l’Amazonie tout en laissant s’accumuler les barrages, les mines, les défrichements et les risques toxiques. Pour Planète Amazone, empêcher le projet Volta Grande, ce n’est donc pas seulement défendre un fleuve déjà meurtri : c’est refuser qu’un écocide en cours devienne le point de départ d’un nouveau cycle de destruction.

 

Une bataille fondatrice qui repart de plus belle quinze ans plus tard

Pour Planète Amazone, la lutte contre Belo Sun Mining prolonge directement le combat qui a précédé la création officielle de l’association : la mobilisation contre le barrage hydroélectrique de Belo Monte, imposé sur le fleuve Xingu, dans l’État du Pará.

Administrateur de raoni.com, site officiel du Cacique Raoni Metuktire, Gert-Peter Bruch lance et administre dès 2010, avec l’accord du Cacique, sa pétition internationale contre Belo Monte. Soutenue par de nombreuses personnalités, elle devient le principal relais francophone du combat contre le méga-barrage et atteindra, quelques années plus tard, le seuil du demi-million de signatures.

Le 20 août 2011, Gert-Peter Bruch organise à Paris une manifestation dans le cadre de la journée mondiale d’opposition à Belo Monte, relayée simultanément dans 22 villes à travers le monde. L’action dénonce notamment l’implication d’entreprises européennes, dont Alstom et GDF-Suez, dans les grands barrages amazoniens. Le 22 août, une lettre de soutien aux personnes affectées par la construction du barrage est officiellement remise à l’ambassade du Brésil, en présence d’une délégation constituée pour porter cette alerte.

Quelques semaines plus tard, alors qu’il vient d’annoncer publiquement la création prochaine d’une nouvelle ONG, Gert-Peter Bruch organise la venue du Cacique Raoni Metuktire à l’Organisation des Nations unies, à Genève. Le Cacique y dénonce le démarrage du chantier de Belo Monte et la violation du droit à la consultation libre, préalable et éclairée, reconnu par la Convention 169 de l’Organisation internationale du Travail.

En janvier 2012, Planète Amazone est officiellement enregistrée en préfecture. L’association reprend alors l’administration de raoni.com et de la pétition du Cacique Raoni Metuktire contre Belo Monte. Le 19 juin 2012, lors du Sommet Rio+20, 300 000 signatures sont remises au Cacique. En octobre 2015, la pétition atteint 500 000 signatures.

Cette mobilisation se prolonge sur le terrain. En juillet 2013, lors de la mission Urgence Xingu, Planète Amazone se rend au Brésil en soutien aux peuples Kayapó, Juruna, Yawalapiti, aux ribeirinhos et aux communautés affectées par Belo Monte. Autour d’Altamira, l’association documente les impacts du barrage. Ces images et témoignages nourriront ensuite Terra Libre, long métrage réalisé par Gert-Peter Bruch et produit par Planète Amazone, montré dès 2018 puis finalisé dans sa version définitive en 2020.

Le barrage de Belo Monte commence pourtant à produire commercialement de l’électricité le 20 avril 2016, avant une montée en puissance progressive jusqu’en 2019. Cette réalité reste une blessure. Mais elle ne résume pas toute l’histoire.

Comme le rappelle Gert-Peter Bruch :

« Le barrage a certes été construit, mais la mobilisation à laquelle nous avons activement participé a permis d’empêcher la construction de nombreux autres super-barrages hydroélectriques. C’est une victoire amère, une demi-victoire, certainement pas une défaite complète. »

 

Belo Sun Mining : l’alerte déjà posée en 2013

Dès 2013, Planète Amazone identifie le projet minier Volta Grande comme le prolongement direct de la crise ouverte par Belo Monte. Le projet porté par la compagnie canadienne Belo Sun Mining vise alors à installer une mine d’or industrielle dans une partie de la Grande Boucle du Xingu déjà menacée par la réduction du débit du fleuve.

En octobre 2013, Planète Amazone participe à la campagne internationale “Belo Sun No!”, aux côtés de 43 autres organisations. Cette mobilisation vise à empêcher l’autorisation du projet Volta Grande, présenté comme la plus grande mine d’or du Brésil, à quelques kilomètres seulement du barrage de Belo Monte.

 

De Montagne d’Or à Belo Sun : même logique extractive, même vigilance

Le combat contre Belo Sun Mining rejoint une autre expérience forte de Planète Amazone : l’opposition aux mégamines aurifères en forêt tropicale.

Dès 2016, Planète Amazone s’engage aux côtés du collectif Or de Question contre le projet Montagne d’Or, en Guyane française. Ce projet de mine industrielle, porté par un consortium russo-canadien, promettait développement et emplois, tout en faisant peser sur la forêt amazonienne française des risques majeurs liés à la déforestation, au cyanure, aux infrastructures lourdes et à la pression sur les territoires.

En 2019, le gouvernement français annonce que le projet ne se fera pas. Les contextes brésilien et guyanais sont différents, mais le précédent reste stratégique : une mégamine aurifère peut être stoppée lorsque ses coûts réels deviennent visibles pour les communautés, les médias, les décideurs et les relais internationaux.

 

Après l’eau confisquée, l’or toxique : l’écocide comme ligne de front

La lutte contre Belo Monte a coïncidé avec la montée internationale du concept d’écocide. Pour Planète Amazone, le barrage est devenu l’un des exemples les plus frappants d’une destruction grave et durable d’un écosystème, avec des conséquences directes sur les peuples, les ressources vivrières, la biodiversité et le cycle du fleuve.

Le lien avec Belo Sun Mining est direct. Après le détournement de l’eau, le projet Volta Grande ajouterait l’excavation massive, le défrichement, le cyanure, les métaux lourds, les résidus miniers et le risque de contamination. Ce n’est pas une pression séparée : c’est une deuxième vague industrielle sur un territoire déjà atteint.

Pour Gert-Peter Bruch, ce continuum impose de remettre Belo Sun Mining au centre de l’attention :

« Belo Monte est devenu le symbole d’un écocide, celui de la Grande Boucle du fleuve Xingu. Aujourd’hui, alors que le combat pour la reconnaissance du crime d’écocide prend de l’ampleur, la question du projet minier Belo Sun, qui pourrait porter un coup fatal à une importante partie de la biodiversité endémique, doit redevenir centrale. »

 

COP30 à Belém : renforcer l’Alliance face à Belo Sun

Le 13 novembre 2025, pendant la COP30 à Belém, Planète Amazone organise, à l’invitation d’Extreme Hangout, la soirée « De Belo Monte à Belo Sun : Apocalypse en Amazonie », au Parque da Residência. L’événement rassemble plusieurs acteurs majeurs de l’opposition à Belo Monte et au projet Belo Sun Mining, ainsi que des alliés internationaux du vivant, dont le capitaine Paul Watson.

Cette soirée associe notamment Gert-Peter Bruch, Diel Juruna, Eliane Brum, cofondatrice de SUMAÚMA, Runa Khan, fondatrice de Friendship, le capitaine Paul Watson, ainsi que des représentants de la mobilisation contre Belo Monte et Belo Sun. Elle relie les impacts du barrage, la menace minière, l’hydrogramme, la criminalisation des défenseurs et la nécessité d’un front commun pour les fleuves, les forêts, les peuples indigènes et les océans.

La portée politique est claire : le Brésil ne peut pas accueillir une conférence mondiale sur le climat dans l’État du Pará tout en laissant avancer une mine d’or controversée dans une région déjà bouleversée par l’un des barrages les plus contestés d’Amazonie.

Pour Planète Amazone, remobiliser autour de Belo Sun Mining, c’est reprendre un combat inachevé dans une phase plus critique : soutenir les peuples indigènes et les communautés riveraines mobilisés, alerter la communauté internationale, et empêcher qu’une mine d’or industrielle n’ajoute une nouvelle vague d’écocide à une région déjà sacrifiée par Belo Monte.

 

Ne pas laisser Belo Sun Mining transformer la procédure en fait accompli

Les prochains mois seront décisifs. Après le rétablissement judiciaire de sa licence d’installation en février 2026, puis sa réémission par la SEMAS, l’autorité environnementale de l’État du Pará, Belo Sun Mining présente le projet Volta Grande comme relancé. En face, les opposants contestent toujours la validité du processus : consultation des communautés, compétence de l’autorité chargée du dossier, étude de la composante indigène, impacts cumulés avec Belo Monte, sécurité des résidus miniers et autorisation de défrichement.

Le risque est clair : voir le projet avancer par paliers, sous couvert de décisions techniques successives, jusqu’à devenir politiquement plus difficile à arrêter. C’est précisément ce scénario qu’il faut éviter. Une mine d’or industrielle de cette ampleur ne doit pas devenir irréversible par fatigue, par technicité ou par dispersion de l’attention publique.

Planète Amazone entend contribuer à rendre ce dossier lisible pour le public francophone et international. L’association ne prétend pas parler à la place des peuples du Xingu. Son rôle est d’amplifier leurs alertes, de soutenir leur droit à la consultation libre, préalable et éclairée, de rappeler l’histoire longue de Belo Monte et de mobiliser ses réseaux face à une nouvelle menace industrielle.

 

Suivre les recours, les licences et ceux qui rendent la mine possible

Dans les mois à venir, l’attention devra porter sur les recours du Ministère public fédéral, les positions de la FUNAI, les décisions de la SEMAS, les mobilisations indigènes, les enquêtes de SUMAÚMA et les alertes d’organisations engagées comme Amazon Watch, l’APIB, International Rivers, MiningWatch Canada ou Movimento Xingu Vivo Para Sempre.

Mais il faudra aussi regarder au-delà de la procédure. Un projet minier de cette ampleur ne progresse jamais par la seule volonté d’une compagnie. Il dépend de financements, d’autorisations, d’expertises, de relais politiques, de garanties techniques et de récits publics. Tous ces maillons doivent être suivis, questionnés et rendus visibles.

C’est dans cet esprit que Gert-Peter Bruch appelle à une union sacrée pour empêcher un désastre :

« Le monde ne peut pas laisser faire ce projet en restant les bras croisés. Il faut que les citoyens et la société civile se remobilisent sur la question non résolue du barrage de Belo Monte et de cette déclinaison du même modèle extractif, cette “montagne d’or” puissance 10, que Belo Sun Mining essaye d’installer sur place depuis une quinzaine d’années. »

L’enjeu n’est pas de reprocher à une entreprise de chercher du profit. L’enjeu est qu’une compagnie minière cherche à convertir une crise territoriale en opportunité aurifère, malgré des alertes persistantes sur les droits, l’eau, la sécurité, la biodiversité et la survie des communautés locales.

 

Une bataille encore ouverte

Le projet Volta Grande peut encore être empêché. La mine n’est pas un fait accompli. Mais l’autorisation de défrichement montre que le dossier peut changer d’échelle rapidement. C’est maintenant que l’attention internationale doit revenir vers la Grande Boucle du Xingu, non pas comme vers un symbole lointain, mais comme vers un territoire vivant où se joue une nouvelle limite à ne pas franchir.

La ligne défendue par Planète Amazone est claire : laisser le Xingu revivre, respecter les savoirs et les droits des peuples indigènes, soutenir les communautés riveraines et refuser qu’un nouveau projet destructeur transforme une crise territoriale en opportunité aurifère.

 

Ne pas laisser Belo Sun franchir le point de non-retour

Le projet Volta Grande n’est pas seulement une mine d’or contestée. Il est le test brutal d’une question plus vaste : accepte-t-on qu’un territoire déjà profondément atteint par un méga-barrage serve de terrain d’expansion à un nouveau projet extractif, malgré les alertes répétées des peuples indigènes, des communautés riveraines, du Ministère public fédéral, des chercheurs et des organisations engagées ?

Pour Planète Amazone, la réponse est non. La Grande Boucle du Xingu ne doit pas devenir le laboratoire d’un écocide par accumulation, où chaque nouvelle autorisation viendrait rendre la précédente plus difficile à contester. Après Belo Monte, Belo Sun Mining ne peut pas être présenté comme un simple projet de développement régional. Il s’agit d’un nouveau seuil industriel, dans un territoire qui n’a jamais été réparé.

L’urgence est donc de faire obstacle au fait accompli. Planète Amazone appelle ses soutiens, partenaires, lecteurs et relais internationaux à suivre de près les prochaines étapes du dossier, à relayer les alertes des peuples du Xingu et des organisations mobilisées, et à appuyer la construction d’un rapport de force capable d’empêcher le projet Volta Grande de devenir irréversible.

Défendre la Grande Boucle du fleuve Xingu aujourd’hui, ce n’est pas regarder en arrière. C’est poser une limite à un modèle qui continue, malgré l’emballement climatique, les tensions géostratégiques autour des énergies fossiles et la multiplication des catastrophes, à traiter les territoires vivants comme des réserves d’exploitation. Le combat contre Belo Sun Mining vaut au-delà du Xingu : il dit ce que l’humanité accepte encore de sacrifier, ou refuse enfin de sacrifier, à l’heure où chaque fleuve préservé, chaque forêt debout et chaque peuple gardien de son territoire deviennent des conditions de survie commune. Un fleuve, des peuples indigènes, des communautés traditionnelles, une forêt et sa biodiversité ne peuvent pas être sacrifiés deux fois au nom du même modèle.

 


Sources (sélection)

• Planète Amazone — « Guyane : Un nouveau projet de mine d’or aux conséquences désastreuses pour la biodiversité » — 3 août 2022

• Or de Question — « Pour Gert-Peter Bruch, c’est Or de Question » — 19 mai 2018

• Planète Amazone — « Auprès de Paul Watson et du Cacique Raoni en terre Kayapo, Planète Amazone appelle à un front commun forêts-océans » — 22 novembre 2025

• Belo Sun Mining Corp. — « Belo Sun Announces Reinstatement of Installation License for the Volta Grande Gold Project » — 14 février 2026

• Belo Sun Mining Corp. — « Belo Sun Provides Update on Volta Grande Gold Project » — 30 avril 2026

• Amazon Watch — « Indigenous Women Occupy Federal Agency to Demand Suspension of Belo Sun Mining’s License » — 11 mars 2026

• Mongabay — « Brazilian state greenlights deforestation for contested open-pit gold mine » — 29 avril 2026

• SUMAÚMA — « Justiça valida licença de Belo Sun e a Volta Grande do Xingu fica ainda mais ameaçada » — 20 février 2026

• SUMAÚMA — « Belo Sun: com barragem três vezes maior do que a de Brumadinho, mina canadense ameaça Amazônia » — 2 avril 2026

• Justiça Global — « Associação indígena denuncia assédio institucional e irregularidades em atuação da Belo Sun na Volta Grande do Xingu » — 2 mars 2026

• APIB — « Mina de Sangue : relatório sobre o projeto da mineradora Belo Sun » — 29 juin 2023

• MiningWatch Canada — « Belo Sun No! Forty-four Organizations Oppose Approval of Mining Project on Xingu River, Brazil » — 10 octobre 2013

• Reuters — « North Dakota judge finalizes $345 million judgment against Greenpeace in pipeline case » — 27 février 2026



Mis a jour le 2026-01-06 13:46:17

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