Cette deuxième édition s’inscrit dans le prolongement direct du travail engagé l’an dernier avec le lycée. Après une première participation de Planète Amazone au forum en mars 2025, puis une visioconférence organisée quelques mois plus tard avec le Cacique Tau Metuktire depuis l’Amazonie brésilienne, le dialogue s’est renforcé. Cette année, les élèves ont choisi de placer les jeunesses au centre de leur réflexion, en maintenant le titre officiel du forum autour des peuples autochtones, tout en approfondissant les questions de transmission, d’engagement et de coopération interculturelle.
Autour de Gert-Peter Bruch, président de Planète Amazone et parrain de cette seconde édition, plusieurs voix fortes étaient réunies. Daphné Bouhelier, responsable du programme Roots & Shoots au Jane Goodall Institute France, apportait son regard sur les formes contemporaines d’engagement de la jeunesse. Yuwey Henri, poétesse, écrivaine, penseuse et militante de la nation Kalin’a Tɨlewuyu, donnait à ces échanges une profondeur intime et politique rare. Brijlal Chaudhari, membre de la nation tharu du Népal, fondateur et président de Global Home for Indigenous Peoples, président d’honneur de cette deuxième édition, incarnait quant à lui l’ouverture internationale voulue par le forum.

Le travail mené avec les élèves s’est aussi appuyé sur Protégeons l’Amazonie !, une mini-série documentaire de quatre épisodes, produite et réalisée par Planète Amazone pour la chaîne américaine EarthX, née d’un live mondial diffusé le 18 février 2021 avant d’être déclinée en série. Plus largement, cette dynamique rejoint le projet phare Amazonia, Cœur de la Terre Mère, porté par Planète Amazone pour faire dialoguer film, formation, transmission, plaidoyer international et échanges éducatifs interculturels.
Deux temps forts qui ont donné sa portée au forum
Le premier temps fort a eu lieu le lundi 9 mars avec la table ronde consacrée à « L’engagement des jeunesses », animée par Hector Le Bigot. Très vite, il est apparu que les élèves n’étaient pas là pour écouter passivement. Ils avaient préparé leurs questions, construit leurs interventions, et accepté d’entrer dans des sujets exigeants. L’une des prises de parole portait notamment sur de jeunes femmes indigènes devenues des figures visibles de la défense de leurs peuples et de leurs territoires. Ce travail montrait avec justesse que les formes nouvelles d’engagement ne rompent pas avec les luttes anciennes. Elles les prolongent autrement.

Gert-Peter Bruch l’a d’ailleurs formulé d’emblée avec simplicité : « je suis très heureux d’être ici invité par des jeunes ». En revenant sur les débuts de son propre engagement, né à l’âge de 18 ans au moment de la première campagne internationale du Cacique Raoni Metuktire, il a replacé la question de la jeunesse là où elle doit être : non dans l’attente d’un relais futur, mais au cœur même de la bataille. Défendre un territoire sans transmettre la langue, la culture, les savoirs et les pratiques qui lui donnent sens reviendrait à sauver une forme tout en laissant disparaître sa substance.

Les échanges ont alors gagné en densité. Daphné Bouhelier a rappelé combien l’engagement des jeunes naît souvent d’actions concrètes, menées à échelle locale, mais capables d’entrer en résonance avec des enjeux bien plus vastes. Yuwey Henri, de son côté, a apporté une parole particulièrement forte sur l’identité, la mémoire familiale, la place des femmes, la transmission et la difficulté à se construire dans des espaces qui ne sont pas pensés pour vous accueillir pleinement. À travers ces regards croisés, le forum ne s’est pas contenté de parler de la jeunesse. Il lui a donné une place réelle.
Le second temps fort s’est tenu le mardi 10 mars, lorsque les élèves ont construit, à partir d’extraits de Protégeons l’Amazonie !, une conférence ambitieuse et remarquablement tenue. La série n’a pas servi d’illustration décorative. Elle est devenue une matière de réflexion. L’un des moments les plus forts a porté sur le message du Cacique Raoni Metuktire. Une élève a expliqué avoir été profondément touchée par la manière dont il évoque les injustices subies par son peuple sans appeler à la violence, mais en portant au contraire un message de paix, de respect et de dialogue.

En réponse, Gert-Peter Bruch a replacé cette parole dans son contexte et en a dégagé toute la portée. Il a rappelé que ce message avait été enregistré peu après deux Covid successifs qui avaient failli coûter la vie au Cacique Raoni. Puis il a résumé ce qu’il entendait encore dans cette voix affaiblie : « ça résume l’intégralité de son combat. Un combat pour la paix, vraiment. » À partir de là, les élèves ont perçu autre chose qu’une figure publique. Ils ont saisi la cohérence d’une vie entière de combat, de fidélité et de résistance.
La conférence a alors pris de l’ampleur. Le Groenland, la Guyane, l’orpaillage, l’ethnocide, l’écocide, la reconnaissance des peuples indigènes, la violence des logiques extractivistes, l’écart entre les droits proclamés et les réalités vécues : ces thèmes n’ont pas été empilés. Ils ont été mis en relation. C’est précisément ce qui donnait à cette séquence sa force. On y entendait non pas une addition d’exposés scolaires, mais une pensée en construction.
Pour Planète Amazone, ce type de rencontre confirme la justesse d’un travail de long terme. Depuis des années, l’association fait circuler la parole des peuples indigènes dans les écoles, les lycées, les universités et les espaces publics. Avec Terra Libre, puis Protégeons l’Amazonie !, et désormais avec Amazonia, Cœur de la Terre Mère, elle construit des outils capables de relier émotion, connaissance, transmission et engagement. Falaise montre que lorsque ces outils rencontrent des équipes pédagogiques solides et des élèves investis, ils produisent un véritable effet d’appropriation.
Une dynamique appelée à essaimer
Ce que cette deuxième édition révèle, c’est la qualité d’un travail mené dans la durée. À Falaise, le dialogue avec Planète Amazone ne prend pas la forme d’une intervention ponctuelle, aussitôt consommée, aussitôt oubliée. Il s’inscrit dans un processus. C’est ce qui en fait la valeur.
Les élèves n’ont pas seulement écouté. Ils ont préparé, reformulé, confronté, relié. Ils ont cherché à nommer avec précision des réalités complexes. Ils se sont emparés de sujets qui auraient pu les intimider, et ils l’ont fait avec sérieux. Cette exigence se ressent dans la qualité de leurs questions, dans la manière dont ils relient les enjeux, et dans leur volonté manifeste de comprendre plutôt que de survoler.
Pour Planète Amazone, cette expérience confirme une orientation désormais centrale : faire de l’éducation, de la formation et des échanges interculturels un levier structurant de son action. C’est précisément ce que porte Amazonia, Cœur de la Terre Mère, dont la vocation est de prolonger, amplifier et mettre en réseau ce type d’initiatives. Dans cette perspective, Falaise n’apparaît pas comme une parenthèse heureuse, mais comme un exemple concret de ce que peut produire une coopération éducative patiente, exigeante et profondément incarnée.

Faire vivre ailleurs ce qui s’est construit à Falaise
À Falaise, quelque chose de précieux s’est confirmé : une coopération éducative qui ne sépare pas la connaissance de l’engagement, ni l’écoute de la responsabilité. Pour Planète Amazone, ce forum montre qu’il est possible de relier les élèves d’ici aux luttes menées ailleurs pour défendre les peuples, les forêts et la possibilité même d’un avenir habitable. Faire connaître ces initiatives, s’appuyer sur Protégeons l’Amazonie ! et sur le projet Amazonia, Cœur de la Terre Mère, accueillir à son tour une projection-débat ou soutenir les actions éducatives de Planète Amazone sont autant de façons concrètes de prolonger ce qui s’est construit à Falaise.




