UN SCANDALE COUVE SOUS LA RENCONTRE PROCHAINE DE RAONI AVEC MACRON, « PRÉSIDENT DES POLLUEURS »


Nous y voilà ! Depuis 3 ans, Planète Amazone assiste, atterrée, à des manipulations extrêmement graves visant à faire tomber le cacique Raoni dans les griffes d’affairistes peu scrupuleux, avides de pouvoir accéder au territoire immense qu’il défend vaillamment à maintenant 88 ans. Certaines d’entre-elles ont été documentées sur le site www.amazonialeaks.org


Le chef Kayapo de nouveau otage des intérêts économiques français en Amazonie ?

 

Nous y voilà ! Depuis 3 ans, Planète Amazone assiste, atterrée, à des manipulations extrêmement graves visant à faire tomber le cacique Raoni dans les griffes d’affairistes peu scrupuleux, avides de pouvoir accéder au territoire immense qu’il défend vaillamment à maintenant 88 ans. Certaines d’entre-elles ont été documentées sur le site amazonialeaks.org. Nous sommes en mesure de démontrer comment ce travail souterrain a été favorisé par l’ambassade de France, qui recevait le 10 mai le cacique, accompagné par le très sulfureux Jean-Pierre Dutilleux, président d’honneur de l’Association Forêt Vierge, cinéaste, écrivain, qui depuis des années s’évertue à être le facilitateur entre Raoni et des businessmen de la cosmétique, de l’industrie des barrages, de celle du parfum ou du marché carbone (etc…), la seule intention véritable de ces compagnies étant de « verdir » leur image, et tant pis (ou tant mieux) si, au passage, cela détruit celle d’un symbole de la protection de l’environnement et décrédibilise la cause indigène, alors qu’elle connait sans doute avec l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, l’un des pires moments de son histoire.

 

Jean-Pierre Dutilleux avec le cacique Raoni en compagnie de l’ambassadeur Michel Miraillet (à droite),
à l’ambassade de France au Brésil, le 10 mai 2019


 

Une tournée européenne du cacique Raoni est organisée du 13 au 30 mai par Dutilleux, avec la bénédiction du président Macron, qui le recevra « dès son arrivée ». Ne pas se tromper, il y a 30 ans exactement, pour son premier voyage chez nous, Raoni rencontrait le président Mitterrand grâce à Sting, au début de son voyage. Miterrand a fait le travail et aidé avec ses homologues de plusieurs pays du monde à faire démarquer des millions d’hectares de forêt en territoires indigènes. En 2019, « on » a promis au chef Raoni, pour l’appâter que ce voyage permettrait de lever 1 millions d’euros (somme arbitraire ne reposant sur aucun élément sérieux) pour, selon Dutilleux cité par Le Monde, « démarquer de nouveaux territoires Kayapó », c’est à dire le dernier morceau de son territoire encore non protégé, Kapot-Nhinore, celui ou repose les corps de ses parents et celui pour la protection duquel nous avons fait campagne en Europe en 2012 avec le chef Raoni.

 

Tweet de l’ambassade de France au Brésil, daté du 20 mai 2019


 

Macron ne fait pas illusion, lui qui a récemment été affligé du sobriquet de « Président des pollueurs » par les organisateurs de la plus grande mobilisation de désobéissance civile non violente jamais organisée en France (à La Défense, le 19 avril dernier devant le Ministère de la Transition écologique et les sièges de EDF, Total et Société Générale), alors que quatre organisations viennent d’attaquer l’Etat français pour « carence fautive » en raison du non respect de ses engagements dans la lutte contre le réchauffement climatique. En 2019, le Président français n’aidera à faire démarquer aucune terre indigène, il sait que Bolsonaro a juré qu’il ne « laisserai pas un centimètre de terres de plus aux indigènes ». Il sait aussi, que le Brésil, pays souverain, cadre de façon très stricte le long processus de démarcation des terres indigènes, droit constitutionnel qui passe par cinq étapes très complexes. Lever des sommes d’argent importantes ne sert strictement à rien à partir du moment où ces étapes ne sont pas franchies. Dans le cas précis de la terre de Kapot-Nhinore que rêve de protéger le cacique Raoni, les conseillers du président savent sans aucun doute, puisqu’ils font leur travail sérieusement, que le processus de démarcation est embourbé dans un imbroglio de conflits fonciers, des exploitants agricoles ayant envahi et ravagé la zone (voir notre film ‘Terra Libre’). Il est impossible des les expulser sommairement sans passer par de longues discussions menant éventuellement à les indemniser… s’ils acceptent finalement de partir.

Donc, en l’état, une récolte de fonds ne pourrait en aucun cas servir à démarquer la terre de Kapot-Nhinore. L’organisateur de ce dixième voyage en France du cacique Raoni le sait parfaitement. Est-ce pour cela que le site de son Association Forêt Vierge entretient la confusion en parlant de « sauver la grande réserve du Xingú » et de « récolter 1 million d’€ pour sécuriser le périmètre de la réserve, soutenir et protéger les communautés qui y vivent »? La « grande réserve du Xingú » n’existe pas. Forêt Vierge parle-t-elle du Parc Indigène du Xingú ? Dans ce cas, il ne s’agit pas d’un territoire sur lequel vivent les Kayapó du chef Raoni. Quelle embrouille !

Cela rappelle de mauvais souvenirs. Extrait de la page Wikipedia du cacique Raoni :  « 2012, il sera affirmé dans le film documentaire brésilien Belo Monte, Anúncio de uma Guerra, réalisé par André d’Elia, que l’Association Forêt Vierge de Jean-Pierre Dutilleux a retenu « en otage » le chef Raoni et ses deux accompagnants indigènes, alors que ceux-ci étaient venus militer en Europe en septembre 2011 contre le barrage de Belo Monte, à la construction duquel des entreprises françaises sont associées. Dans une séquence, le chef Raoni confirme que Jean-Pierre Dutilleux « ne permettait à personne de s’approcher près de moi » et montre un recueil de signatures de sa pétition contre Belo Monte dont Dutilleux et son équipe, affirme-t-il, auraient tenté d’empêcher la remise. Il est également affirmé que la même équipe aurait tenté d’échanger le silence du chef Raoni sur les méfaits du projet Belo Monte contre une promesse que soient tracées les frontières d’un territoire de son peuple. » Nous confirmons ces faits, que nous avons vécu aux premières loges.

Le président Macron ne semble pas s’embarrasser de ces « détails », il sait par contre que de nouveaux marchés s’ouvrent, car son homologue brésilien travaille déjà à une industrialisation massive de l’Amazonie et à la destruction des droits fondamentaux des indigènes et des organismes d’état qui les protègent, afin de rendre leurs terres productives (plantations de soja, maïs, eucalyptus… hautement imbibées de pesticides dangereux, bétail…), d’y implanter des projets miniers et des grands barrages. Le but avoué étant d’en faire « des citoyens comme les autres ». Le Président français souhaite-t-il accompagner cette démarche ? Des éclaircissements sont nécessaires.

En tout état de cause, grâce au président Macron, qui reçoit le chef Raoni à la demande de Dutilleux, il sera très facile de signer les contrats, certainement déjà prêts, avec tel et tel, par le biais des nombreux rendez-vous discrets (déjeuners et diners d’affaires) qui jalonneront ce « Amazon Rainforest Europe Tour ». Ces rendez-vous sont organisés loin des yeux et des oreilles alors que le cacique Raoni n’a pour seul accompagnant de son peuple qu’un Kayapó qui n’est pas son traducteur officiel et n’a aucune compétence juridique. Analphabète, Raoni ne recevra pas le soutien juridique mis en place par la FUNAI pour protéger les indigènes de toute éventuelle manipulation. Ces rendez-vous à haut risques (Dutilleux a déjà été poursuivi au Brésil dans le cadre de ses collaborations avec le cacique Raoni) sont pour la plupart montés grâce à la collaboration très active de son ami Robert Dardanne, que l’on a vu à ses côtés chez François de Rugy, Ministre de la transition écologique et solidaire le 13 mai. Dardanne a construit avec sa compagnie Voltalia un barrage hydroélectrique en Guyane, et est également « opérateur de crédit carbone » au Brésil et en Guyane. Son nom apparait dans le cadre de l’enquête de l’arnaque aux taxes sur le CO2… Ne pas oublier le soutien très actif du cabinet d’avocats Simmons & Simmons, qui défend les intérêts de nombreuses multinationales de l’industrie minière (ex : NORDGOLD, projet « Montagne d’Or » en Guyane Française) ou encore de constructeurs de grands barrages (EDF), à travers lequel Dutilleux a eu l’indécence de nous assigner en référé au nom du cacique Raoni pour tenter de faire retirer une vidéo gênante, référé qu’il a perdu en mars.

Alors que Dutilleux avait lui-même annoncé sur le site de l’Association Forêt Vierge que le cacique Raoni serait accompagné de 3 kayapos pour cette tournée, il ne lui en a finalement accordé qu’un seul : Bemoro Metuktire, dont nous savons qu’il a été très actif pour faciliter ce retour.

 

L’ambassadeur de France au Brésil Michel Miraillet, se réjouit de recevoir le cacique Raoni, le 10 mai 2019


Des témoins nous ont raconté comment, juste avant qu’il ne prenne l’avion pour Paris, les proches du cacique Raoni, très inquiets et se sentant dupés, ont tenté d’empêcher Dutilleux de l’emmener. Ils venaient d’apprendre de façon très vague le projet de Dutilleux de créer un « Institut Xingú », dont le journal Le Monde annonce qu’il coûterait 15 millions d’euros. Cet objectif affiché qui laisse à penser qu’il s’agit de la réplique d’un projet maintes fois ressorti des cartons par Dutilleux depuis l’an 2000, qui était un fâcheux mélange des genres entre structures favorisant l’acculturation des indigènes et écotourisme de luxe ravageur pour l’identité des indigènes et leur environnement, retoqué par les services de Jacques Chirac en son temps. Alors pourquoi créer aujourd’hui un « Institut Xingú » alors que les structures de défenses des territoires indigènes du Xingú existent pourtant déjà et réclament du soutien? Elles sont gérées au Brésil, portent le nom d’Instituto Raoni, Instituto Kabu, ATX ou encore Floresta Protegida, et sont financées largement par des ONGs internationales et parfois des ambassades au Brésil dans le but affiché de favoriser l’autonomie des peuples concernés. Que viendrait faire un projet pharaonique comme celui-ci au milieu de la forêt ? Qui le piloterait ? De quelle façon ? Qui le financerait ?

On se rappelle que M. Dutilleux déclarait en 2011 qu’il « ne [voyait] pas ce que [sa] petite association* [pouvait] faire » sur le plan politique. M. Dutilleux a décidé que pour résoudre les problèmes des indigènes au Brésil, le mieux pour eux était de leur trouver de l’argent. Enormément d’argent. C’est son choix. C’est aussi celui affiché par le président Bolsonaro.

Malheureusement, personne n’a réussi à convaincre le chef Raoni que les cacahuètes qu’on lui promettait n’étaient que de la verroterie. Jean-Pierre Dutilleux, contre lequel Planète Amazone a déposé plusieurs fois plainte (faux et usage de faux, tentative d’escroquerie au jugement) a prouvé par le passé qu’il ne reculait devant rien pour le manipuler.

Cette tournée, aura tristement bien lieu. Jean-Pierre Dutilleux l’a construite comme une épitaphe pour le précieux chef Raoni, poussant le sarcasme jusqu’à publier chez Flammarion un livre médiocre au titre slogan : « Raoni, Mon dernier voyage », que l’éditeur promotionne comme « le testament » du chef. La tournée marque les 30 ans du tour du monde avec Sting, qui est sorti de son silence pour affirmer fermement qu’il n’y était pas associé, ni à « aucune initiative initiée par Jean-Pierre Dutilleux ». Evidemment, c’est aussi notre cas, mais les vrais amis désintéressés du cacique Raoni que nous sommes seront toujours là pour veiller au grain.

Vous pouvez compter sur Planète Amazone comme nous espérons, chers amis, pouvoir longtemps encore continuer à pouvoir compter sur vous.

 


Pour plus d’infos, voir l’article du Monde daté du 11 mai 2019.



Mis a jour le 2019-06-12 00:34:06

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