RÉACTION – LE DISCOURS DE BOLSONARO À L’ONU EST UNE HONTE POUR LE BRÉSIL ET L’HUMANITÉ


Ce mardi 24 septembre restera comme un jour de triste mémoire, marqué par l’entrée du Brésil dans les ténèbres au regard de la diplomatie internationale, de la lutte contre le réchauffement climatique et de celle pour la préservation du monde vivant, dont dépend l’humanité. Il n’aura fallu que 30 minutes au président brésilien Jair Bolsonaro, le temps de son discours d’ouverture dans la plénière des Nations Unies de New York, pour parvenir à ce résultat.


Ce mardi 24 septembre restera comme un jour de triste mémoire, marqué par l’entrée du Brésil dans les ténèbres au regard de la diplomatie internationale, de la lutte contre le réchauffement climatique et de celle pour la préservation du monde vivant, dont dépend l’humanité. Il n’aura fallu que 30 minutes au président brésilien Jair Bolsonaro, le temps de son discours d’ouverture dans la plénière des Nations Unies de New York, pour parvenir à ce résultat.

Pendant ces 30 minutes, Bolsonaro, en digne élève du président Trump, aura assumé son statut de « président Fake News » paranoïaque, multipliant les contrevérités, niant la réalité dramatique de l’accélération de la destruction de l’Amazonie. En prétendant, par exemple, qu’il défend le Brésil contre les velléités de chefs d’Etats étrangers à vouloir augmenter la surface des terres indigènes démarquées (protégées) au Brésil, il s’oppose en réalité à la Constitution de son propre pays, qui a défini la démarcation de l’ensemble des terres indigènes comme une obligation. C’est uniquement dans l’objectif de faire face aux carences du gouvernement brésilien que les représentants indigènes sont contraints d’en appeler à la communauté internationales afin que soient démarquées en urgence certaines terres encore non protégées. Ils ne font rien d’autre que d’appeler à faire appliquer la loi supérieure de leur pays et l’application de ce droit constitutionnel ne peut en aucun cas être considéré comme un « cadeau » ou une « augmentation » !

 

LE RETOUR D’UNE EXHIBITION COLONIALE DES INDIGÈNES, « HOMMES DES CAVERNES MAINTENUS EN L’ÉTAT PAR DES ONG »

Il est particulièrement indigne que Bolsonaro présente le cacique Raoni Metuktire, engagé depuis 60 ans pour son peuple et pour la forêt amazonienne, comme la marionnette de chefs d’Etats étrangers, prétendant lui opposer une jeune indigène vivant dans le grand São Paulo, sans légitimité, dont la petite notoriété émane de vidéos provocantes, négationnistes et vulgaires postées sur youtube. A l’occasion de son discours, le président brésilien a eu l’outrance de convier dans la plénière de l’ONU cette femme, Ysani Kalapalo, faisant plusieurs fois référence à sa personne, et allant jusqu’à lire une lettre de soutien d’un groupement « d’agriculteurs indigènes », que des représentants de l’APIB (Articulation des Peuples Indigènes du Brésil) dénoncent comme un faux. L’odieuse manipulation a été répudiée par les communautés indigènes de la région du Haut Xingu, dont Ysani Kalapalo est originaire. On croyait pourtant révolu l’époque coloniale et l’exhibition des indigènes dont l’image véhiculée était dégradante, fausse et raciste. Bolsonaro, qui a comparé dans son discours les indigènes (« nos indiens ») à des hommes des cavernes maintenu en l’état avec le soutien d’ong étrangères, à des pauvres vivant sur des sols immensément riches, vient de prouver que ce n’était pas le cas.

 

Pendant son discours d’ouverture de l’Assemblée Générale des Nations Unies, Jair Bolsonaro a fait plusieurs fois référence à l’indigène Ysani Kalapalo, soutient de la première heure, ici photographiée en présence de la première Dame du Brésil, dans la plénière de l’ONU.

 

DES ATTAQUES INDIGNES D’UN CHEF D’ÉTAT À L’ENCONTRE DU CACIQUE RAONI METUKTIRE, EMBLÈME DE LA PROTECTION DE L’AMAZONIE

Depuis le début de la conquête des Amériques, il y a plus de 5 siècles, les colons ont toujours su s’appuyer sur les traitres, jouer des antagonismes entre tribus ou nations indigènes pour semer la division et s’accaparer les territoires convoités. Bolsonaro, qui a affirmé que « le monopole de Monsieur Raoni est terminé », s’inscrit dans cette droite ligne.

Pour rappel, le Brésil de Bolsonaro, est poursuivi en justice comme 4 autres pays (dont la France) par seize jeunes âgés de 8 à 17 ans et venus de douze pays, dont Greta Thunberg, souhaitant dénoncer l’inaction des dirigeants comme une atteinte à la convention de l’ONU sur les droits de l’enfant. Des avocats brésiliens préparent également un dépôt de plainte pour crime contre l’humanité à l’encontre de Bolsonaro pour écocide.

A l’opposé, le cacique Raoni, Prix Public de la Paix en 2014, est nominé par les membres du Parlement européen pour le prochain prix Sakharov (récompensant des individus ou des organisations qui ont œuvré pour les droits de l’homme et la liberté d’opinion) et pressenti pour le Prix Nobel de la Paix 2020.

 

Montage du média indépendant brésilien Midia Ninja opposant Jair Bolsonaro et le cacique Raoni Metuktire en posant la question « qui est sauvage » ?

Depuis plusieurs mois déjà, Bolsonaro dénigre en public et devant les médias de son pays le cacique Raoni Metuktire, à partir d’accusations totalement fantaisistes et mensongères, dans le but d’exacerber le nationalisme brésilien et de liguer la population contre lui. Nous sommes inquiets des récents déferlements de haine des soutiens du président brésilien à l’encontre du cacique Raoni, 89 ans, sur les réseaux sociaux, certains appelant même à son élimination. Si par grand malheur atteinte était portée à son intégrité physique, il faudrait en porter Jair Bolsonaro directement responsable.

 

CE MESSAGE DES GARDIENS DE LA TERRE, QUE VOUS N’ENTENDREZ PAS A LA TRIBUNE DE L’ONU

Il est intéressant de relire en conclusion les extraits d’une tribune de l’Alliance des Gardiens de Mère Nature, mouvement dont le cacique Raoni est l’un des pères fondateurs, publiée dans Le Monde a l’occasion des 100 premiers jours du président Bolsonaro et co-signée par quatorze représentants de peuples indigènes de différents continents, dont ceux de l’Amazonie brésilienne. Le jour où les Nations Unies autoriseront la lecture en plénière d’un texte aussi puissant, nous pourrons peut-être reprendre espoir.

« Nous vivons les prémices d’une apocalypse (…) Dès le premier jour de son entrée au pouvoir, [Bolsonaro] s’est attaqué à la Fondation nationale de l’Indien (Funai), qui garantit le droit à la terre des peuples indigènes du Brésil, en transférant sa compétence en matière de démarcation des terres traditionnellement occupées par les peuples indigènes au ministère de l’agriculture, qui défend les intérêts de l’agrobusiness.

Ce gouvernement veut s’accaparer toute l’Amazonie, la saigner encore davantage en construisant de nouvelles routes et des voies ferroviaires. Alors que l’Amazonie est vitale pour l’humanité, et que les peuples indigènes sont les premiers gardiens de cette nature, il tente de nous couper de nos soutiens internationaux en menaçant d’expulser les organisations alliées du pays, au prétexte d’ingérence et d’atteinte à la souveraineté.

De même il est vital de sanctuariser de toute urgence la totalité des forêts primaires de la planète qui sont traditionnellement sous la garde des peuples indigènes, puisque l’Organisation des nations unies a déjà reconnu que leur présence est un facteur garantissant la non-détérioration de ces environnements inestimables.

Les peuples indigènes ne peuvent être expulsés de ces espaces. Ces écosystèmes ne doivent pas non plus être utilisés dans le cadre d’un marché de compensation carbone, qui quantifie et transforme en marchandise la Terre Mère, ni de tous mécanismes de compensation de la biodiversité et de financiarisation de la nature.

Nous appelons à des solutions concrètes qui reconnaissent les droits des peuples indigènes et de la nature pour la survie de tous. Nous appelons les dirigeants du monde, les Etats, les Nations unies et la société civile à amorcer une réflexion visant à abandonner progressivement les systèmes capitalistes et juridiques hérités de l’époque coloniale pour les remplacer par de nouveaux principes. Nous devons évoluer vers un paradigme basé sur la pensée et la philosophie indigènes, qui accorde des droits égaux à la Nature et qui honore l’interrelation entre toute forme de vie. Il n’y a pas de séparation entre les droits des peuples indigènes et les droits de la Terre Mère.

Il est plus que jamais urgent que le monde adopte une Déclaration universelle des droits de la Terre Mère, et que tous les Etats ratifient et appliquent rigoureusement la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail, qui garantit à tous les peuples indigènes une consultation libre, préalable et éclairée sur les sujets qui les concernent. »

Actée en 2017 à Brasilia, la Déclaration de l’Alliance des Gardiens de Mère Nature est disponible en cliquant sur l’image

 



Mis a jour le 2019-10-10 12:42:09

Haut de page