Historique : une femme indigène élue pour la première fois au Congrès brésilien


Élue dans l’Etat du Roraima, Joênia Batista De Carvalho est la première femme indigène à devenir députée fédérale au Brésil, elle siègera à la Chambre des députés, seule, face au lobby ruraliste déterminé à détruire les droits des indigènes et à les déposséder de leurs terres.


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Le score mirobolant (46 %) au premier tour de la présidentielle brésilienne du candidat raciste, homophobe et nostalgique de la dictature militaire Jair Bolsonaro a complètement occulté un autre événement politique que l’on peut sans détour qualifier d’historique. Dans un pays où les inégalités ethno-raciales font toujours rage, Joênia Batista De Carvalho alias Joênia Wapichana, nom de son peuple d’origine, est devenue dimanche 7 octobre 2018, à 43 ans, la première femme indigène du pays à être élue députée, dans l’Etat du Roraima, au Brésil. Inédit pour un tel poste au sein de la Chambre des députés en 190 ans d’existence d’autant qu’il s’agit seulement de la seconde personne indigène de l’Histoire a prendre ces fonctions, après Mário Juruna, élu de 1983 à 1987, à Rio de Janeiro. Peu après sa victoire, Joênia Wapichana a tracé le chemin de sa future mandature sur son compte instagram : « on a tous une mission dans la vie. La mienne est de défendre les droits collectifs des indigènes. Je serais la voix des Indigènes dans la plus haute Cour du Brésil. »

Née parmi le peuple Wapichana où sa famille vit encore, Joênia Wapichana est devenue, en 1997, la première femme indigène avocate à l’Université Fédérale de Roraima (UFRR) ainsi que la première à faire sa plaidoirie orale devant le Suprême Tribunal Fédéral (STF) en 2008, dans le cadre de la démarcation de la réserve Raposa Serra do Sol. Durant sa carrière, elle n’a cessé de revendiquer ses origines indigènes. Elle a notamment défendu les communautés indigènes de Barro, Maturuca, Jawani, Tamanduá, Jacarezinho et Manalai, prenant la défense de peuples incompris, se demandant quelles erreurs ils ont bien pu commettre pour être jugés, considérés comme des voleurs sur leur propre terre, calomniés, discriminés et voire même tués.

Depuis 1999, Joênia travaillait en tant que Coordinatrice du département juridique du Conseil Indigène de Roraima (CIR). Aujourd’hui, résidant à Boa Vista, elle transmet les traditions et les valeurs de son peuple à ses enfants afin qu’ils comprennent qu’être indigène n’est pas une honte mais une fierté.

Joênia Wapichana, députée, est désormais vue comme l’ange gardien des indigènes, qui risquent de voir leurs droits disparaître si Jair Bolsonaro, candidat de l’extrême droite, remporte la présidentielle. Déterminée et lucide, elle a déclaré sur son compte facebook : « le front anti-autochtone progresse farouchement, mais nous devons nous unir et unir nos forces pour occuper cet espace, garantir notre conquête et conquérir de nouveaux champs. Cette réalisation représente une victoire collective pour tous les peuples autochtones, ce mandat représente des millions de personnes et est au service de la durabilité de Roraima, de l’Amazonie et du pays. Nous occupons une partie importante du territoire national, nous détenons des connaissances uniques et des valeurs essentielles. »■

– par Gert-Peter Bruch et Cristiana Esteves Lima –



L'empreinte de planète amazone


Enthousiaste, Sônia Guajajara, co-listière en tant que potentielle vice-présidente (également une première) de Guilherme Boulos, candidat malheureux du partie de gauche radicale (PSOL) à l’élection présidentielle, a commentée l’élection de Joênia Batista De Carvalho : « Nous considérons l’année 2018 comme une année historique pour la politique brésilienne, car nous avons pu composer un tandem présidentiable tout en rassemblant 130 candidatures indigènes. C’est très puissant pour permettre à nos revendications d’aboutir au débat électoral. Nous avons fait élire une femme indigène à la Chambre fédérale, Joenia Wapichana et une autre à l’Assemblée législative de São Paulo Chirley Maria, mettant fin à 31 ans d’absence au Congrès National, depuis Mário Juruna (…) nous continuons à lutter contre l’invisibilité, les préjugés et le racisme que subit notre corps avec insistance  »


Mis a jour le 2018-11-09 21:38:49

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