En Amazonie, le combat de Raoni, le dernier des Kayapo – par Le Monde


Le cacique débute lundi une nouvelle tournée en Europe pour plaider la cause de son peuple, trente ans après un voyage triomphal avec Sting Par Nicolas Bourcier, Claire Gatinois et Sabah Rahmani


Le cacique Raoni entouré du cinéaste Jean-Pierre Dutilleux (à gauche) et du journaliste Patrick Mahé venant de lui remettre une copie du livre « Raoni, mémoires d’un chef Indien » – Mai 2010.

Il expulse de ses poumons le reste de fumée qui s’y blottit avant de se lancer, d’un trait et pendant plus d’une heure, dans son histoire. A 87 ans, ou davantage, Raoni aime les contes. Surtout ceux qui évoquent les hommes et les femmes de son village kayapo, portant des masques et des parures au milieu de fêtes qui durent des semaines, parfois des mois. Il parle, et sa voix semble le rugissement d’un jaguar. Ses chants volent comme des oiseaux. Par moments, on entend son rire de vieux sage. Raoni fait ensuite silence et regarde la route avec l’intensité de ceux qui ont appris à savourer chaque seconde de l’existence. « Non, je n’ai aucun regret, rien », glisse-t-il.

Sur le bac qui relie les deux rives léchées par les eaux sombres du rio Xingu, en plein cœur de ce Sud profond de l’Amazonie brésilienne, trois touristes se précipitent sur lui pour une séance de selfies. Lui s’en amuse. Il pose avec sa pipe calée entre le coin de sa lèvre et son célèbre plateau labial. Il est fier : « Vous savez qu’une partie des revenus du bateau permet d’acheter chaque mois de la nourriture pour le village ? » Il remonte dans la voiture. Et ponctue la conversation par : « Vous avez des sous ? » Raoni, c’est un peu ça : un cacique connu de tous, un colosse au charme immédiat, mais à la parole directe et tranchante, tourné exclusivement vers la survie des siens, quoi qu’il en coûte. « L’argent est une malédiction », dit-il. Avant de s’empresser d’ajouter, comme pour mieux conjurer un piège devenu incontournable : « Mais une malédiction aujourd’hui indispensable pour maintenir la démarcation de nos terres, les protéger et aider nos peuples. »

Neuvième tournée en Europe

Le chef kayapo effectue sa neuvième tournée en Europe du 13 au 31 mai. Sa figure poignante avait déjà secoué la planète en 1989, lorsqu’il courut au côté de Sting les plateaux télé et les scènes de concert. Il a connu la surexposition médiatique. Le tourbillon d’une époque. Les centaines de milliers de dollars amassés pour la cause indigène, la démarcation des terres et la défense des cultures autochtones. Les bisbilles aussi et les tiraillements avec des proches. Et puis plus rien, ou presque. Après l’« âge d’or » des années 1990, comme l’appellent les indigénistes, les dangers sont vite réapparus. Le président Luiz Inacio Lula da Silva a autorisé la construction du barrage controversé de Belo Monte sur le Xingu. D’autres ont suivi. Les routes aussi. Et l’extension irréfrénée des fronts agricoles. L’argent, lui, s’est glissé dans les villages, même les plus reculés, avec la Bolsa Familia, cette bourse versée aux familles les plus pauvres du pays. Un pécule modeste, mais qui a encore un peu plus modifié les équilibres déjà fragiles des communautés indigènes.

L’arrivée au pouvoir en janvier de Jair Bolsonaro n’a fait qu’accentuer les inquiétudes. En évidant le ministère de l’écologie et en laissant aux mains de l’agrobusiness la tâche de démarquer les terres indigènes, le président d’extrême droite a revendiqué une stratégie d’exploitation sans concession de l’Amazonie, et une volonté d’acculturation violente des populations autochtones. Il l’a dit en campagne : « Les minorités devront s’adapter à la majorité… ou simplement disparaître. »

Alors, Raoni est venu à Brasilia, deux fois depuis l’investiture de Jair Bolsonaro. Il y a fait part de sa colère. Porte-parole des populations natives du Brésil, il a promis de repartir en guerre face aux nouveaux hommes forts de la capitale. A l’écouter parler devant les micros, Raoni a su une nouvelle fois brasser le destin des centaines d’Indiens kayapo (7 000 personnes selon les statistiques), des milliers d’autres Indiens des villages et des villes (900 000 personnes), pris au piège de l’identité dans un pays où les indigènes sont à la fois citoyens depuis peu et victimes depuis trop longtemps.

Trois objectifs

Pour sa nouvelle tournée européenne, le cacique participera à plusieurs conférences au côté de Jean-Pierre Dutilleux. C’est ce cinéaste belge qui lui avait consacré, en 1978, un documentaire, Raoni, nominé aux Oscars l’année suivante, avec la voix off de Marlon Brando.

Interrogé par Le Monde, le réalisateur, président d’honneur de l’Association pour la forêt vierge, identifie trois objectifs pour cette tournée : collecter 1 million d’euros afin de démarquer de nouveaux territoires kayapo, 15 millions d’euros pour créer un institut Xingu au cœur de la réserve indigène, et promouvoir son dernier livre avec le cacique, paru le 8 mai et intitulé Raoni. Mon dernier voyage. SOS pour l’Amazonie (Arthaud, 254 p., 19 euros). Le dernier et sixième opus consacré à son « ami » Raoni, comme il dit, avec une préface du journaliste Patrick Mahé, ancien de Paris Match et proche de Jean-Marie Le Pen.

Etrange attelage. Raoni et Jean-Pierre Dutilleux se sont rencontrés en 1973 dans la forêt amazonienne, ici même, en plein Mato Grosso. Jeune aventurier, le cinéaste belge intervient alors pour soigner un des fils du cacique grièvement blessé. C’est lui qui participera ensuite à la première médiatisation du chef indien, sera témoin de son premier contact avec l’argent, ainsi que de l’ouverture de son premier compte en banque. S’ensuivent quarante années de relations intenses, tumultueuses aussi, faites de ruptures et de controverses. Une période durant laquelle le réalisateur autodidacte n’aura de cesse d’alimenter une réputation sulfureuse.

A intervalles plus ou moins réguliers, il fait l’objet de nombreuses critiques acerbes dans les médias, non seulement brésiliens, mais aussi belges, anglais et français. Des critiques également de la part d’anthropologues et d’anciens collègues, qui voient en lui un opportuniste de la cause, un ambitieux malhonnête, soucieux de ses propres intérêts. Dès 1981, le quotidien Folha de S. Paulo accuse Jean-Pierre Dutilleux de n’avoir pas respecté son contrat avec la Fondation nationale de l’Indien (Funai), qui prévoyait un versement de 10 % des gains du film Raoni à des communautés indiennes du Xingu.

Plusieurs fois, Raoni dénonce l’utilisation de son nom par le cinéaste, tout comme l’exploitation de son image pour « son propre bénéfice ». Le chef kayapo porte même ses accusations face caméra et dépose son témoignage sur YouTube en 2017, assurant qu’il ne travaillera « plus jamais avec Jean-Pierre ». Avant de se raviser. Et d’accepter de venir en Europe avec lui.

Un nouveau combat pour Sting

« Nous nous sommes parlé, souligne-t-il aujourd’hui. Il m’a assuré que les revenus reviendront à mon peuple intégralement, le moindre sou que nous parviendrons à récolter lors de cette campagne. Jean-Pierre n’aura pas l’autorisation d’y toucher. » La malédiction, assurément. Ou l’impossibilité de refuser toute aide extérieure, vu la contingence dramatique des peuples indigènes. Raoni ne dit plus rien. Il fige son regard, et finit par rallumer sa pipe.

Pour tenter de comprendre, il faut retisser les fils de leurs histoires, reprendre les moments forts de leurs combats et les controverses qui jalonnent le parcours du réalisateur-écrivain belge. Un des épisodes-clés se situe certainement en 1987. Jean-Pierre Dutilleux est « au bord de la faillite », comme il le confiera plus tard au magazine Rolling Stone. Il cherche un nouveau moyen d’aider les Kayapo.

Stewart Copeland, ex-batteur du groupe Police, lui aurait alors suggéré, durant un tournage, de mettre en lumière Raoni au côté de la star internationale Sting, pour attirer l’attention des médias. Après un premier rendez-vous arrangé, l’artiste aurait décliné la proposition de M. Dutilleux. Celui-ci insiste, déploie tout un stratagème pour convaincre le musicien, allant jusqu’à demander l’aide d’un sorcier brésilien. « J’étais un peu fou et encore jeune », souligne-t-il. La magie folle opère. Il réussit à convaincre Sting, après son concert à Rio, et sa femme, l’actrice Trudie Styler, de le suivre pour une virée de quelques jours en Amazonie à la rencontre de Raoni.

Séduit, le couple s’engage dans la lutte pour la sauvegarde de l’Amazonie et le peuple kayapo. Une aventure inédite que Sting racontera deux ans plus tard dans le livre Amazonie : lutte pour la vie (JC Lattès, 1989), publié avec les photographies de Jean-Pierre Dutilleux. A l’époque, c’est un nouveau combat pour l’artiste, qui s’était déjà engagé au côté d’Amnesty International en faveur des droits de l’homme. Habitué des concerts au profit de causes humanitaires, Sting découvre cette fois les enjeux écologiques liés aux terres et aux droits des peuples autochtones.

Sensibiliser l’opinion publique

« Raoni m’avait demandé si je pouvais l’aider à protéger ses terres ancestrales contre les destructions causées par les bûcherons, les mineurs et les éleveurs », se souvient Sting. « Je lui ai dit que j’essaierais de l’aider, même si je n’avais aucune idée de la façon dont cela pouvait être réalisé. Avec le recul, accepter cette décision était peut-être une naïveté de ma part, ou de l’orgueil, mais j’ai sans doute été influencé par l’appel direct de Raoni », précise le chanteur, encore admiratif du dirigeant kayapo.Si l’artiste britannique n’avait aucune idée de la manière de procéder pour venir en aide, M. Dutilleux avait déjà un projet en tête : une tournée mondiale de Raoni au côté de Sting, orchestrée par ses soins.

En 1989, le trio commence un voyage sans précédent dans la lutte indigène. Ensemble, ils parcourent dix-sept pays pour sensibiliser l’opinion publique et rencontrer les leaders politiques : les présidents du Brésil et de la France, le roi d’Espagne, le prince Charles, le prince Albert de Monaco, le pape Jean Paul II, l’empereur du Japon… « Je n’étais qu’un membre de cet étrange ménage, mais les gens semblaient disposés à écouter, ou du moins étaient intrigués », dit Sting. Raoni, lui, n’avait jamais quitté son pays : « Sting m’a beaucoup aidé et je n’oublierai jamais ce qu’il a fait pour appuyer la campagne de démarcation de notre terre », poursuit-il.

Sous la pression médiatique et de l’opinion internationale, l’homme fort de Brasilia à l’époque, José Sarney, accepte le projet de démarcation des territoires du Haut-Xingu et du Bas-Xingu, région historique des Kayapo. A condition que les Indiens et leurs alliés financent eux-mêmes le projet. La tournée offre l’occasion de lever des fonds pour créer la plus grande réserve indigène en Amazonie : le parc national du Xingu, d’une superficie de 184 000 km2, l’équivalent d’un tiers de la France.

« Ces gens-là dépensent tout ce que l’on a récolté ! »

Sting cofonde alors avec Trudie Styler et Jean-Pierre Dutilleux la Rainforest Foundation. Douze associations nationales voient le jour pour collecter les fonds. En France, elle porte le nom d’Association pour la forêt vierge, présidée par M. Dutilleux. Le succès est au rendez-vous. Les dons affluent de partout, générant une belle cagnotte : 1,2 million de dollars, selon la Rainforest Foundation, voire 3 millions de dollars, selon le cinéaste.

Si jusqu’ici tout semblait réussir à la cause, la belle épopée bascule dès la fin de l’année 1989. Paniqué, Sting appelle Franca Sciuto, avocate et présidente à l’époque du comité exécutif d’Amnesty International à Londres. « “Je suis dans le pétrin… Peux-tu m’aider ? J’ai fait une tournée avec Jean-Pierre Dutilleux et des amis à lui, on a recueilli de l’argent, et ces gens-là dépensent tout ce que l’on a récolté !” Sting était catastrophé et désespéré, il ne savait plus quoi faire, se rappelle la responsable. Tout le monde se baladait, voyageait dans les meilleurs hôtels de luxe entre le Brésil, Londres et Los Angeles. C’était la pagaille. L’argent était dilapidé ! »

Alors qu’il ne s’était pas exprimé dans les médias sur ce sujet depuis près de trente ans, Sting livre aujourd’hui sa version : « Malheureusement, nous commencions à attirer l’attention de personnes ayant déjà eu affaire à M. Dutilleux, dans des situations où il semblait s’être fait beaucoup d’ennemis. Je n’avais absolument aucune preuve que leurs affirmations étaient vraies, mais cela m’inquiétait, car il y en avait tellement ! Les autres membres du conseil ne faisaient pas confiance à M. Dutilleux depuis le début et étaient très inquiets de sa réputation excentrique. Il a été sommairement rejeté du conseil par une majorité et je n’ai eu aucun contact avec lui depuis lors. »

Interrogé à son tour, Jean-Pierre Dutilleux esquive les raisons de son départ. « Je me suis retrouvé en position minoritaire, alors que j’étais le seul qui parlait portugais, qui connaissait les Indiens, et qui avait monté toute cette histoire au départ. On m’a forcé à partir », affirme-t-il.

« Terminé, tout le monde dehors »

Lorsque Franca Sciuto, nommée par Sting à la tête de la fondation, rencontre pour la première fois Jean-Pierre Dutilleux avant son éviction, elle est frappée par sa demande inattendue d’acheter un avion au peuple kayapo. Elle refuse, il insiste, la suit jusque dans son hôtel pour la convaincre. « A cet instant, j’ai dit : “Terminé, tout le monde dehors.” Je l’ai mis à la porte, lui, son directeur et tous ceux qui l’entouraient », se souvient-elle. Quelques mois plus tard, dans le village de Raoni, l’avocate reste stupéfaite par les arguments qu’on lui présente : « Les Kayapo m’ont tout de suite parlé de l’avion et l’un d’eux a dit : “Comme ça, on pourra aller acheter du Coca-Cola” ! Ils n’ont évidemment pas eu l’avion. »

Si l’anecdote peut paraître saugrenue, elle dénote les ravages de l’acculturation auxquels peuvent être exposés les peuples autochtones. Pour l’anthropologue français Patrick Menget, spécialiste de la région du Xingu au Brésil et ancien président de Survival International France, une ONG de défense des doits des peuples autochtones, « les populations indigènes sont extrêmement attirées par le mode de vie “moderne”, dont ils n’ont finalement que les miettes. Ils sont alors nombreux à devenir diabéto-dépendants ».

Quelques semaines avant son décès, en avril, le professeur d’université à la retraite dressait lui aussi une évaluation très sévère des compétences de Jean-Pierre Dutilleux à représenter la cause indigène : « Les traductions de Raoni par Dutilleux, à l’époque de la tournée, étaient grotesques ! Il parlait très mal portugais et prétendait parler kayapo. Tout le monde sentait qu’il frimait. »

En janvier 1990 éclate un nouveau scandale, public cette fois. La tournée de la Rainforest Foundation est montrée du doigt par une enquête publiée dans la version française du magazine Rolling Stone. Elle cible directement la star anglaise, avec un titre pour le moins provocateur : « Sting a-t-il violé la forêt vierge ? » Le journaliste Mark Zeller s’interroge notamment sur l’engagement de l’artiste : « Pure naïveté ? (…) Soit il exploite le problème, soit il se fait lui-même exploiter. » Sur un ton satirique, il dénonce les dérives de la tournée mondiale, ponctuée de ventes aux enchères mondaines, où caviar et champagne entachent les dépenses destinées à la cause. « Où va l’argent ? A quoi sert-il ? », demande-t-il.

« Les associations s’intéressaient plus à Sting »

La multiplicité des statuts des douze associations fondées à travers le monde complexifie la gestion et le contrôle des dépenses. Impossible aujourd’hui de chiffrer la somme exacte de toutes les donations perçues. « J’ai commencé à remettre en ordre la Rainforest Foundation en 1990, j’y ai passé des mois », confie Franca Sciuto, consciente des dérives qui avaient terni la tournée. La militante des droits de l’homme constate avec amertume que « personne ne s’intéressait vraiment aux populations indigènes, les associations s’intéressaient plus à Sting ». La maison mère rompt alors avec la plupart des bureaux dans le monde.

Quelques mois après l’article français, c’est au tour de la chaîne anglaise BBC de s’interroger, dans un documentaire, sur les faits qui ont entaché la campagne de Sting. La question des recettes du livre de l’artiste et de M. Dutilleux, édité dans plusieurs pays, est à son tour posée. Alors que la version anglaise, Jungle Stories, mentionne sur la couverture que tous les bénéfices seront reversés à la fondation, M. Dutilleux n’aurait pas reversé sa part de royalties. Celui-ci s’en défend, et souligne avec agacement que Sting est un « milliardaire » et que lui, à l’époque, n’avait « pas un rotin. La moitié de l’avance du livre, c’était pour moi, et je l’ai gardée » : « 400 000 francs », dit-il, soit plus de 60 000 euros.

Dernier point épineux soulevé, là encore, par le journaliste Mark Zeller : pourquoi concentrer la campagne sur les Kayapo, dont le territoire n’est pas en danger immédiat, alors que « la tribu des Nambikwara a perdu la moitié de sa population quand la nouvelle route a traversé l’Etat de Rondonia » et que « les Yanomami se font joliment décimer » ? « Pouvait-on vraiment s’attendre à ce que nous résolvions les problèmes de l’ensemble de l’Amazonie ? », rétorque Sting, dont la fondation élargira ses actions en faveur des peuples autochtones.

Raoni a posé sa pipe depuis longtemps. Il dit et répète qu’il a toujours beaucoup aimé Sting : « Il m’a énormément aidé, je ne l’oublierai jamais. » Sans amertume dans l’évocation, avec un léger sourire même, voilà que le cacique fredonne un air de musique.

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Nicolas Bourcier: Metuktire, Peixoto de Azevedo, Brasilia (Brésil), envoyé spécial
Claire Gatinois: Sao Paulo, correspondante
Sabah Rahmani: Metuktire, Peixoto de Azevedo, Brasilia (Brésil), envoyée spéciale

Jean-Pierre Dutilleux s’agrippant au cacique Raoni tandis que celui-ci
est raccompagné par Jacques Chirac – mai 2010, photo John Van Hasselt


© Le Monde – 11/05/2019 – Article original (réservé aux abonnés)



Mis a jour le 2019-06-21 13:14:14

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