AUPRÈS DES PEUPLES INDIGÈNES, LE PAPE FUSTIGE LES FAUSSES SOLUTIONS POUR PRÉSERVER LA PLANÈTE


Au matin du second jour de sa visite au Pérou, le pape François a prononcé un discours mémorable à Puerto Maldonado devant 3500 indigènes péruviens, brésiliens et boliviens. L’une semblait cibler, sans les nommer, les fausses solutions déployées par les Etats en complicité avec le monde de la finance pour préserver les forêts tropicales : les fameux projets REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation) et autres REDD + (qui permettent aux entreprises polluantes de continuer à polluer en « compensant » leurs émissions de CO2 par l’achat de crédits carbones, aucun mécanisme de protection efficace de la forêt n’étant associé).


Le Pape François lors de son allocution devant 3500 indigènes au Pérou, vendredi 19 janvier 2018.

Email to someonePrint this pageShare on FacebookTweet about this on Twitter

Le pape a donc tenu à dénoncer les « mouvements qui, au nom de la conservation de la forêt, accaparent de grandes superficies de terre et en font un moyen de négociation, créant des situations d’oppression des peuples autochtones pour lesquels, le territoire et les ressources naturelles qui s’y trouvent deviennent ainsi inaccessibles ».

François a tenu à rappeler que peuples amazoniens sont perpétuellement menacés par « le néo-extractivisme et la forte pression des grands intérêts économiques qui convoitent le pétrole, le gaz, le bois, l’or, les monocultures agro-industrielles (…) Nous devons rompre avec le paradigme historique qui considère l’Amazonie comme une réserve inépuisable des Etats sans prendre en compte ses populations », a-t-il scandé, opposant la sauvegarde de « la culture, la langue, les traditions, les droits et la spiritualité des peuples indigènes ».

Jamais, auparavant, un pape n’avait plaidé avec tant de force pour le respect des droits des peuples indigènes, appelant le monde entier à aider à préserver leurs cultures et savoirs et à les considérer comme des partenaires indispensables, ce que prône l’ONU depuis des années par le biais de sa Déclaration des droits des peuples indigènes, sans jamais l’appliquer : « nous devons rompre avec le paradigme historique qui considère l’Amazonie comme une réserve inépuisable des États sans prendre en compte ses populations. Je crois qu’il est indispensable de faire des efforts pour créer des instances institutionnelles de respect, de reconnaissance et de dialogue avec les peuples natifs, en assumant et en sauvegardant la culture, la langue, les traditions, les droits et la spiritualité qui leur sont propres (…) Il est urgent de prendre en compte la contribution essentielle qu’ils apportent à la société tout entière, de ne pas faire de leurs cultures l’idéal d’un état naturel ni non plus une espèce de musée d’un genre de vie d’antan. Leur cosmovision, leur sagesse ont beaucoup à nous enseigner, à nous qui n’appartenons pas à leur culture. Par vos vies, vous constituez un cri pour qu’on prenne conscience du mode de vie qui ne parvient pas à limiter ses propres coûts. Vous êtes la mémoire vivante de la mission que Dieu nous a donnée à nous tous : sauvegarder la Maison commune ».

François s’est également montré préoccupé par le sort des peuples indigènes vivant en isolement volontaires, interpellant l’assistance à ce sujet : « continuez à défendre ces frères les plus vulnérables. Leur présence nous rappelle que nous ne pouvons pas disposer des biens communs selon l’avidité de la consommation ».

Aux évêques présents, François a appeler à façonner « une Église avec un visage amazonien et une Église avec un visage indigène ». L’orientation de ce discours phare du pape François, prononcé en Amazonie devant des milliers d’indigènes, laisse imaginer sans grand effort que le synode des évêques qui se tiendra à Rome en 2019 sera un prolongement et une illustration de son encyclique Laudato Si’. Et si le prochain pas de François était une dénonciation définitive de la doctrine de la découverte de l’Amérique ? Wait and see.

Le pape François participant à une rencontre avec des représentants indigènes du bassin amazonien (Pérou, Brésil, Bolivie) a Puerto Maldonado, le 19 janvier 2018 / AFP PHOTO / Vincenzo PINTO

Mis a jour le 2018-10-10 20:20:54

Haut de page