1988-2018 : 30 ANS DE (DÉ)CONSTITUTION AU BRÉSIL, PAYS AU BORD DU GOUFFRE


Le trentième anniversaire de l’actuelle Constitution brésilienne, adoptée le 5 octobre 1988, est marqué par une dégradation sans précédent du climat politique et un risque de retour à la dictature militaire, alors que la déforestation repart à la hausse.


La leader indigène Sonia Guajajara en lisse pour la vice-présidence du Brésil

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Ce vendredi 5 octobre le Brésil fête les 30 ans de sa Constitution Fédérale, communément appelée « A Carta Magna ». En 1988, l’Assemblée Nationale Constitutive définit le rôle des pouvoirs publics, les devoirs de ses citoyens ainsi que les principes de dignité de l’être humain, d’égalité entre tous les brésiliens sans distinction de quelconque nature et de préjugés d’origine. S’ajoute à ceux-là, le droit d’expression, la liberté religieuse et celle de se déplacer au sein du territoire. Un texte innovateur puisqu’il donne la possibilité aux groupes du peuple d’apporter une « contribution participative » lors des changements du texte. Symbole d’un présent et futur nouveau, la Constitution a mis en place et proclamé une nouvelle démocratie qui a mis fin à une dictature et à la censure, mais 30 ans plus tard, les inégalités d’autrefois peinent à disparaître.

Plusieurs changements dans le texte – 90 amendements et 116 articles sans réglementations en 30 ans selon em.com.br – apportés depuis 1988 ont notamment conduit à la crise constitutionnelle d’aujourd’hui. Un appauvrissement et un irrespect des libertés et droits de l’Homme crées par la Constitution. Le Brésil d’après Lula da Silva et Dilma Rousseff (2004 – 2016) se retrouve au cœur d’une crise qu’on appelle de « déconstitution » et les prochaines élections présidentielles, qui annoncent un premier tour remporté haut la main par le fasciste Jiar Bolsonaro, ne sont pas prêtes d’améliorer la situation du pays, encore mois celle des peuples indigènes.

Même si le texte a représenté une avancée pour la reconnaissance des peuples indigènes en tant que citoyens intégrés à la société brésilienne, ces derniers voient leurs droits de plus en plus bafoués notamment en matière de droit à la terre. Encore aujourd’hui, la question de la démarcation de la terre, qui garantit une meilleure préservation des environnements naturels menacés, reste un des problèmes majeurs et l’inclusion de celle-ci dans les programmes électoraux est quasiment inexistante. Le leader indigène Marcos Terena, raconte au journal Ponte, que nous sommes dans une « démocratie où encore une fois l’indien n’a pas accès aux instances de pouvoir. C’est le moment de voter (…) cependant, même avec le droit d’avoir une candidature indigène, le système électoral corrompu rend cette élection difficile. » Victime de lois et textes bafoués, de l’augmentation de la discrimination institutionnelle et des violences, du non-respect des répartitions des terres ainsi que de la mauvaise gestion de FUNAI, la voix des indigènes peine à se faire entendre dans une situation où leur avenir est de plus en plus incertain.

L’unique candidate donnant de l’espoir est Sonia Bone Guajajara, co-listière du candidat du partie de gauche radicale PSOL à la présidentielle de 2018 en tant que vice-présidente, qui porte des revendications fortes pour les indigènes : renforcement du budget de la FUNAI (Fondation Nationale de l’Indien), construction de la première université indigène, homologation des terres déjà identifiés et « pardon aux indigènes pour l’ethnocide ». Un programme à l’opposé de celui proposé par Jiar Bolsonaro, qui ne rêve que de les rayer de la carte■

– par Cristiana Esteves Lima –

Mis a jour le 2018-10-09 22:04:32

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